Ces louanges ne sont rien auprès de celles que valent à Marguerite, plus que sa dévotion pusillanime d’Italienne et de Médicis, ses fondations de chapelles et ses nombreux bienfaits: «Ceste très noble âme royale s’est retirée dans le château élyséen d’Husson, avant qu’entrer en la gloire des cieux, s’est voulu avoisiner d’yceux, commençant d’y prendre sa volée... Rocher d’Husson, l’honneur et la merveille de l’Auvergne, rocher sur lequel la clarté esclaire perpétuellement, d’où le jour ne se retire jamais, les rayons de la face royale y luisant toujours, et de ce lieu en hors illuminant toute la région! Bel astre de l’Europe, qui résidez et ne bougez d’Husson! Husson, royale demeure de la race dernière des Valois! Sainte et religieuse habitation! sacré temple de Dieu! hermitage saint! monastère dévot! où Sa Majesté s’étudie du tout à la méditation, rocher témoin de la volontaire solitude, très louable et religieuse de ceste princesse où il semble, par la douceur de la musique et par le chant harmonieux de plus belle voix de France, que le paradis en terre ne puisse être ailleurs.»

En favorisant le parti de la Ligue en Auvergne, elle se créait aussi des titres à la reconnaissance des catholiques.

Usson.

Cependant, celle qui eût dû porter la couronne de France, sous l’apparente splendeur d’Usson, n’y était guère tranquille, redoutant tout de son frère, d’abord, avec des terreurs telles qu’à table jamais elle ne mangeait d’aucun mets, qu’elle n’en eût fait faire l’essai aux femmes qui la servaient.

Puis ce fut vite la détresse, l’humiliation de solliciter: «Bien que cette place ne craigne que le ciel, que rien que le soleil n’y puisse entrer par force et que sa triple enceinte méprise les efforts des assaillants, comme un roc élevé les flots et les vagues, la nécessité toutefois y entra, et l’obligea, pour en éviter les outrages, d’engager ses pierreries à Venise, fondre sa vaisselle d’argent, et n’avoir rien de libre que l’air, espérant peu, craignant tout: car tout était en désordre autour d’elle.»

Ces difficultés ne s’aplanissent qu’à la rupture de son mariage, à quoi elle s’était opposée, Gabrielle d’Estrées vivante, de crainte que le roi ne l’épousât; celle-ci morte, Marguerite ayant consenti à la dissolution, Henri IV lui paya ses dettes et augmenta sa pension, enfin l’autorisa à retourner à Paris...

Avec elle, l’Auvergne, éblouie de beauté pendant vingt ans, perd la seule femme qui ait fait parler d’elle dans la montagne,—je veux dire assez pour que nous ayons à le relater,—et ce ne fut pas en bien: mais ce n’est peut-être pas à l’Auvergne de trop blâmer, puisque, durant ces vingt années, ce fut sur ses montagnards que s’abaissèrent et se fixèrent les yeux d’une reine... les plus beaux yeux et la plus belle reine du monde,

Et qui, plus qu’une autre femme,

Porta, gravé dans son âme,