A tiré quant à soy, sans espoir de retour,

Ce que j’avais d’amour...

Mais si le marquis de Canillac ne paraît point avoir eu de doutes sur le rôle de d’Aubiac auprès de la reine, il ne s’en laissa pas moins abuser ensuite: «Le marquis de Canillac, dit d’Aubigné, préférant à la foy qu’il devait à son maître un chétif plaisir, se laissa piper aux artifices de sa prisonnière, oubliant son devoir et quittant tout ce qu’il pourrait prétendre pour se rendre amoureux de cette amoureuse.» Et Brantôme, lui, de s’exclamer: «Vouloir tenir prisonnière, sujette et captive en sa prison, celle qui, de ses yeux et de son beau visage, peut assujétir en ces liens et chaînes, tout le reste du monde comme un forçat!» Voici, d’après d’Aubigné, comment Marguerite se débarrassa de son surveillant: «L’histoire est plaisante, des ruses et artifices desquels cette reine s’avisa pour éloigner de ce chasteau ledit marquis de Canillac qui l’importunait fort, c’est qu’elle lui faisait croire qu’elle l’aimait, qu’elle lui vouloit faire du bien; enfin, elle lui donnait sa maison de Paris, l’hôtel de Navarre, et une terre de deux mille livres de rente, située en son duché de Valois, proche Senlis; elle lui fit expédier une donation en bonne forme de ces deux pièces, et fut envoyée à M. Hennequin, président en la cour du Parlement, et un des chefs de son conseil, et en même temps fit expédier une contre-lettre audit sieur, lui mandant qu’il n’en fît rien... Il y a plus: elle feignit d’aimer grandement sa femme, et elle se fit apporter un jour ses bagues, elle voulut qu’elle s’en parât quelque temps dans le chasteau même. Et le tour du jeu fut qu’aussitôt que son mari eut le dos tourné pour aller à Paris, elle la dépouilla de ses beaux joyaux, se moqua d’elle et la renvoya... avec tous ses gardes, et se rendit dame et maîtresse de la place...» à la grande risée même d’Henri IV et de la Cour.

A Ambert.

Divers auteurs peuvent aider à imaginer ce qu’était Usson, entamé sous Henri IV, achevé d’abattre par Richelieu: «Usson, dit Scaliger, est une ville située en une plaine où il y a un roc et trois villes l’une sur l’autre, en forme d’un bonnet du pape; tout à l’entour de la roche et au haut, il y a le chasteau avec une petite vilète à l’entour.» Un autre texte explique: «C’était une place extrêmement forte, fondée avec le château de Nonette par le bon duc de Berry, oncle du roy Charles VII. Il y a en ce château cinq murailles. La première n’a aucune tour; mais quand on a passé celle-là, on voyait en haut, en l’air, le château bien flanqué de grosses tours, hors de toute atteinte pour l’escalade; fondé sur un rocher de pierre dure fait en forme de pyramide, qui commande à cette première muraille. Au-dessus de ce premier, il y en a un autre qui le commande, comme lui bien flanqué de tous côtés. Il commande si bien que, quand on a pris le premier on n’a rien, et, après ce second, il y en a un troisième, grand et spacieux, où sont les quartiers du commandant et des soldats, dans lequel il y a une fontaine ou citerne inépuisable pour le service des hommes et des chevaux qui sont dedans, ainsi que dans le donjon qui domine le tout. Il y a encore un petit donjon au milieu du grand, de forme carrée et très fort par lui-même, où l’on tenait une corne pour sonner l’alarme et la retraite quand l’ennemi était en campagne. Ce château est imprenable. C’est pourquoi il y a un petit écrit sur une porte avec ces paroles: Garde le traître et la dent! voulant faire entendre par là qu’il ne peut être pris que par trahison ou famine.»

Là, près de vingt ans Marguerite de Valois eut cette existence mêlée d’amour, de religion, d’art, sa vie scandaleuse de boudoir et d’oratoire, qui lui a valu les plus ardents détracteurs, des panégyristes aussi.

Un mendiant.

D’abord, elle ne tarda point à se consoler de la fin d’Aubiac, avec Chanvalon, Duras, Saint-Vincent, Pominy, fils d’un chaudronnier, et «ce petit chicon de valet de Provence», Julien Date, qui devient Saint-Julien. Usson est appelé par certains: «une autre île de Caprée», tandis que, selon le Père Hilarion de Coste: «Usson estoit un Thabor pour la dévotion, un Liban pour la solitude, un Olympe pour les exercices, et un Parnasse pour les muses».