La première fois que j’allai à Conques, je brusquai ma visite, me jurant d’y revenir à la Noël.
Par cet après-midi d’été pesant, devant le portail que le dicton populaire consacre comme une des sept merveilles du Midi:
Pourtal dé Counquos,
Clouquié dé Roudez,
Compono dé Mendé,
Gleizo d’Alby...
(Portail de Conques, clocher de Rodez, cloche de Mende, église d’Alby...) devant ce portail renommé justement, il me prit un regret de n’avoir pas mieux choisi mon jour pour visiter, pour me trouver là à quelque fête du culte; j’avais appris, sans y porter assez d’attention, qu’à certaines dates, le dimanche des Rameaux, le vendredi saint, le lundi de Pâques, le jeudi de Pâques, le dimanche de Quasimodo, comme je le relisais à présent sur un petit prospectus distribué à l’auberge, on jouait ici le Mystère de la Passion, à l’instar des représentations d’Oberammergau; aussi, à l’imagination du spectacle des offices, pompes et processions dans ce décor, à quoi j’aurais pu assister en calculant mon excursion, je n’étais pas sans mauvaise humeur: et personne contre qui la tourner! le bourg désert, tout le monde aux travaux du dehors...; à contre-cœur, je me laissais guider à travers l’édifice, le cloître, le trésor, le musée, par un sacristain, resté là avec quelques moines seulement, toute la communauté expulsée par les décrets, un carliste réfugié, ce sacristain, qui entrelaçait son histoire propre à celle de sainte Foy, dans un français mêlé de patois et battu d’espagnol, rendu plus difficile encore par la musique qui éclata soudain: une répétition des pères, charmant la solitude à souffler dans les pistons et les trombones.
L’église de Sainte-Foy est un modèle de l’école romane auvergnate, datant du XIe siècle; les pièces merveilleuses de son trésor, sauvées de la Révolution par les habitants qui se les partagèrent pour les cacher, et les rendirent toutes, forment les annales probantes de la vogue de l’abbaye, en d’autres temps; je les vis mal, avec ce projet de les revoir plus tard; je m’attachais aux détails du site, aux replis duquel Conques se dissimule comme une noix dans sa coque mi-ouverte; l’abbaye bénédictine était là des plus secrètes, des plus inaccessibles, refuge prédestiné à qui voulait s’enterrer vif dans le renoncement, la méditation et la piété.
Il paraît que ces rochers du Dourdou, aux eaux rougeâtres, de la vallis lapidosa, avaient été habités par des cénobites, plusieurs fois anéantis, plusieurs fois remplacés, avant que l’abbaye fût créée par Dadon, un guerrier qui s’était fait ermite, dont les successeurs s’emparèrent des reliques de sainte Foy pour les transporter à Conques...
Sainte Foy était morte martyre à Agen.