L’un des moines s’y rendit, «demanda à être admis parmi les religieux qui possédaient le corps de sainte Foy et gagna si bien leur confiance qu’on finit par lui en confier la garde. Ce n’est qu’au bout de dix ans qu’il avait obtenu ce résultat. Enfin, un beau jour, il parvint à se trouver seul, brisa le tombeau, enleva les reliques et les emporta à Conques».

Alors commencèrent les Jeux de sainte Foy, comme on appela ses miracles innombrables: les prisonniers bénéficiaient surtout de ses faveurs; comme, délivrés, ils n’avaient plus que faire de leurs chaînes, ils les offraient à leur libératrice: les grilles du sanctuaire ne proviendraient pas d’autres fers...

Dans le tympan du portail, au-dessous de sainte Foy couronnée par des anges, l’église de Conques est représentée avec des carcans commémoratifs en ex-voto, parmi les scènes du Jugement dernier; ce bas-relief, où figurent une centaine de personnages, le Christ, les apôtres, des anges, les damnés, les élus, les martyrs, les saintes femmes, les péchés et les vices, dans un pêle-mêle d’art et de naïveté, avec de l’habileté et des gaucheries, le tout d’une exécution verveuse souvent, avec l’avantage sur tant d’autres compositions de ce motif de la même époque, d’être fort bien conservé, ce bas-relief suffit à provoquer la venue des archéologues...

Les montagnes de l’Aveyron, près de Conques.

Et le trésor!

Quel éblouissement!

A mesure que le portier carliste, tout en me narrant son exode en France, ses courses périlleuses aux défilés des Pyrénées, s’interrompt pour me désigner le reliquaire de Pépin, la statue d’or de sainte Foy, l’A de Charlemagne (qui aurait envoyé à Conques le premier des reliquaires en forme de lettres de l’alphabet, dont il donna les vingt-deux suivantes à d’autres abbayes), et des gémellions, et des bassins, et des châsses, et des croix, et des reliures, et des chasubles, c’est comme un conte oriental, dans une grotte de fabuleuses pierreries et de métaux précieux, de l’or jaune, de l’or rouge, des cabochons, des perles, des cornalines, des émaux, des onyx, des agates, des saphirs, des améthystes, d’une orfèvrerie tantôt barbare, tantôt délicate, toujours somptueuse!

On sort de là comme d’une caverne de féerie et de rêve.