Le retour du marché.

Mais tout cela n’est que de pauvre matière, si éclatante qu’elle soit, et de quelque sorte que le labeur, la patience et le talent des hommes l’aient façonnée: la collégiale de Sainte-Foy de Conques ne se targue-t-elle pas de posséder des reliques de la Circoncision de N.-S. J.-C., le mouchoir de saint Pierre, le bras de saint Médard, de la chair grillée de saint Laurent, etc., etc., mais surtout des cheveux de la bienheureuse Marie Mère de Dieu, et des cheveux de sainte Marie-Madeleine, des cheveux pâles dans des éprouvettes de verre, des cheveux dont je n’ai guère distingué la couleur, sur les tablettes d’une armoire, des cheveux de Marie et de Madeleine, de ces cheveux sous lesquels le petit gars de Bethléem aurait vagi, tété, fait ses dents, des purs cheveux de la Vierge—et les cheveux parfumés de la Madeleine, de ces cheveux amoureux et repentis, répandus aux pieds du Seigneur—les uns et les autres, ceux qui ne s’étaient défaits qu’aux petites mains de l’enfant jouant avec sa mère, et ceux qui s’étaient dénoués à toutes les suaves caresses du désir et de la passion, les uns et les autres, là, dans ces tubes de verre, comme des fils hygrométriques, figurant de primitifs baromètres...

Mais le portier m’entraîne rapidement, comme s’il avait toutes les troupes d’Espagne à ses trousses, et, d’ailleurs, ne lui ai-je pas dit que j’étais pressé, vers le musée, où s’alignent des chapiteaux et des abaques, des sarcophages mérovingiens, des cuves baptismales, des mortiers, un moule à hosties, des statues, un calvaire...

Mais quoi! après les cheveux de Marie et de Madeleine, je passe... et je regarde à peine les tapisseries...

D’ailleurs, puisque je reviendrai...

Et je pars, avec l’intention, oui, de remonter à Conques pour une de ces cérémonies: «Vous verrez, me dit le portier, nous faisons ça en grand...»

Route de la Truyère.—Une bergère.

Je pars, longeant les gorges du Lot, par un chemin de halage qui ménage la place stricte d’une voiture entre le roc et l’abîme, vers Entraygues et la Truyère, Entraygues où les maisons ont des tonnelles de vigne, Entraygues où mûrit le vin du Fel... Entraygues où, quand se cueillait du vin sans eau, allait en chercher le Cantal qui n’en cueille pas...

Je partis projetant de revenir... et je revins... des années après, non pour une représentation de la Passion, hélas! mais pour une nuit de Noël...