Le souvenir de Conques me hantait à ce point, qu’un soir de décembre je sautai dans le train, de façon à me trouver pour le réveillon là-bas... et puis, je voulais traverser par l’hiver et les neiges toute la région d’Aurillac jusqu’à l’Aveyron...
Que ce fut long et que c’était froid!
A chaque instant, la route disparaissait dans les combes, les fondrières...
Mais comme, au départ, les Cantal gelés se profilaient et s’étiraient, mastodontes de marbre, en fresques, sublimes au bord du ciel, avant d’atteindre au cam de la Feuillade, une auberge isolée où ne s’arrêtent que le courrier d’Entraygues, des fardiers, des chasseurs...
Noël, ici, se préparait tout de même, par le sacrifice, naturellement, d’un cochon...
A Conques.
Des senteurs de roussi—d’avoir flambé la bête—de sang tiède, qui emplissait des terrines, de boyaux où ce sang allait se tasser en boudin, de chair fraîche, ne se taisaient, si j’ose dire, que pour laisser parler l’oignon!
Mais, le boudin n’était que latent, les saucisses futures, etc., et, devant ce carnage appétissant, il fallut nous contenter des provisions médiocres du garde-manger, et devant tout ce porc frais, du lard rance de ses prédécesseurs, de l’immolation de l’autre année... Et en route, par la plaine glacée, tout le territoire de Montsalvy en champ de neige, Calvinet, Cassaniouze émergeant à peine, puis des maisons çà et là comme égarées, avec les pattes des sangliers tués clouées aux portes...
Et puis la vallée de Saint-Projet, et puis Conques, à la nuit, cinq heures... Et le divin enfant ne doit naître qu’à onze heures ou minuit... Une tasse d’herbes sous l’étiquette fallacieuse de thé ne me mène que jusqu’à cinq heures et demie, délai dans lequel j’ai pu connaître amplement tout le personnel administratif de Conques, gendarmerie, contributions, enregistrement, qui défilent à l’auberge, stupéfaits de l’équipage et du voyageur venu jusque-là, et qui ne vend rien, ne place rien, ne peut être pris même pour un visiteur de l’église, à ce moment!...