Grand’mère.


Les monts d’Aubrac.—Nasbinals.

CHAPITRE XVIII

L’Aubrac.—D’Aumont à Nasbinals.—Le rhabilleur Pierrounet.—Les gasparous; Jérémie; les Cantalès.

Prenez la voiture de Constant, et vous ne regretterez pas la promenade. Le trajet est long, d’Aumont à Nasbinals, à Aubrac, la route monotone, mais d’une monotonie immense, exaltée jusqu’à la puissance et à la grandeur, par ces landes grises, vertes, rousses, interminables, ces pinèdes chétives, ces étendues de pierraille ou de mornes flaques, où la route terrible se traîne avec l’air de n’aller nulle part, comme une craquelure, un fendillement du sol éclaté sous le ciel torride, et qui menace de se perdre à travers un désert de landes mamelonnées de bruyères, de genêts, de fougères brûlés par la force de la canicule; d’heure en heure, une douzaine de toits groupés, des femmes, des enfants en haillons, sur leur seuil misérable où sèchent, pour le feu de l’hiver, des mottes d’herbes et des bouses; et de nouveau, des cantons vides, semés çà et là de blocs erratiques, couchés comme des dolmens, debout comme des menhirs, des cubes, des pyramides formidables, arrêtés le long des pentes, précipités dans les creux, comme expulsés de la terre ou chus du ciel, ou comme abandonnés, matériaux en trop, qui n’ont pu servir lors de la construction du monde!

CONSTANT
COURRIER DE NASBINALS
Demeurant Hôtel Castanier, à AUMONT.
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VOITURES A VOLONTÉ
Conduit chez PIERROUNET, rabilleur
Nasbinals
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PRIX MODÉRÉS

Paysages dépareillés, dont le caractère hybride ne s’atténue un peu que vers Nasbinals,—le bourg important de la région,—grâce à des prairies, des bois, de l’eau, cette rivière, le Bès, qui ne sait trop non plus—comme la route—d’où il vient ni s’il va quelque part!