A Conques.

Cela me ramène, vous ne voudriez pas qu’il en fût autrement, aux noëls de mon enfance, si loin, que tant d’autres ont suivis, banalement vides, la nuit gâchée aux mangeailles traditionnelles, dans le brouhaha où j’étais plus seul, souvent, avec tous, que je ne suis ici, étranger, dans cette nef du Rouergue... Et, dans cet isolement, certes, je jouis plus vivement de la fête où je devais être ce soir, où se tourne tout mon cœur, que je n’aurais fait, y assistant, dans l’éparpillement de la pensée et des paroles...

Après la messe, tout ce monde repart; le chapelet de lanternes s’égrène par le pays...

Je rentre à l’auberge, où je croyais à de la joie, des chansons, de la ripaille...

Rien que les manilleurs, qui n’ont point cessé, imperturbables, tout à leur affaire...

«Mais il n’y a plus de réveillon, me confie le patron, trop de misère aujourd’hui... Ah! oui, il s’en mangeait de la saucisse et du boudin... Mais à présent avec le phylloxera...»

J’obtiens une tasse de thé, une infusion—de je ne sais toujours pas quelles tristes herbes,—et je gagne ma chambre glacée, où je couche tout vêtu, où je ne m’endors pas, suivant longtemps du regard les falots, les grains de feux des paroissiens, comme des grêlons qui roulent, dégringolent du bourg par les ruelles tortueuses, s’éteignent...

Bientôt, il ne reste plus d’éveillés à Conques que les joueurs de manille, et, après leur départ dont je suis averti par le verrouillement des portes derrière eux—que moi!...