Une fileuse aveyronnaise.
Malgré la conversation, échauffée par les aliqueurs, de mon conducteur, cela languit effroyablement, et, après je ne sais combien de parties, de huit heures à dix heures, les cartons nous tombent des mains; seuls, les manilleurs persistent, infatigables, l’entraînement sans doute...
Enfin, après combien de temps somnolent dans mon recoin, les oreilles abasourdies de tant de manille de trèfle, manillon de carreau, de je casse et recasse,—cassé le carreau, cassé le cœur, cassé le pique,—j’entends les cloches.
Je sors, par la nuit fourmillante d’étoiles au-dessus des étendues de neige, je me dirige vers l’église.
Alors, oui, cela vaut la peine d’avoir roulé tout le jour en voiture, d’avoir subi cette terrible soirée d’auberge...
De toutes les pentes, de tous les sentiers, de toutes les dressières, il descend, monte, zigzague, des files de gens, de femmes dans leurs mantes, d’hommes dans leurs limousines, avec des lanternes, des torches; cela fait des points de lumière, comme des grains d’un chapelet de feu éparpillés, qu’une main invisible reprend, rassemble, qui viennent s’enfiler à la suite, par les ruelles qui mènent à l’église...
Là, contre un pilier, dans ce vaste vaisseau de ténèbres, où fument des lampes à pétrole, comme luminaire, où flottent des banderoles de fête, où une fanfare prélude, accordant des cuivres rauques, je regarde les fidèles, dans un fracas de sabots et de chaises, souffler leurs lanternes, s’installer...
Un suisse, à casque blanc, costume de franc-tireur, déambule, frappant le sol de sa hallebarde...
Des vieilles tisonnent leurs chaufferettes...
Le plus grand nombre se bousculent à s’agenouiller devant le Jésus sur la paille, qui rappelle les Jésus d’épicerie posés sur quelques chalumeaux, les crèches des boutiques que les gamins de Paris retrouvent, au réveil, contre leurs souliers...