«Ce puits, couronné par un autel, était fermé par une petite voûte hémisphérique, présentant dans sa partie antérieure la figure colossale d’Apollon, dont la bouche entr’ouverte, au milieu d’une barbe large et majestueuse, semblait toujours prête à prononcer les suprêmes décrets. C’est aussi par cette ouverture qu’au moyen d’un long porte-voix, les prêtres, du fond des antres du mystère et de la superstition, faisaient sortir ces oracles fameux qui, en portant dans les esprits le trouble, le respect et la persuasion, retardèrent de quelques siècles le triomphe complet et le règne du christianisme...»
A remonter le cours des générations et des religions qui eurent ici leur vie et leurs autels, inévitablement on arrive à l’interrogation «si l’homme existait?», à l’époque des cataclysmes volcaniques où s’abîme la contemplation d’aujourd’hui.
A Brioude.
Brioude.—Église Saint-Julien.
Vallée de l’Allier.
Les montagnes du Velay.
M. Marcellin Boule, le savant géologue à qui l’on doit déjà de si importants travaux, va nous répondre avec netteté et précision, pour le Velay et pour l’Auvergne, et pour tout le massif central: «Dès l’époque quaternaire, à laquelle remontent les premières traces humaines qu’on ait positivement constatées en France, le massif central fut habité. L’homme préhistorique y eut le spectacle de phénomènes grandioses, puisqu’on a trouvé des restes osseux aux environs du Puy en Velay, sous des déjections volcaniques. Plus tard, à l’âge du renne, il s’établit un peu partout dans les vallées. Au début de la période actuelle, une nouvelle race, différant des premières non seulement par ses caractères physiques, mais encore par sa manière de vivre, vint mener sur les hauts plateaux une existence pastorale. Cette race, munie d’un outillage de pierre perfectionné, haches polies, pointes de flèches délicatement travaillées, a laissé de nombreux monuments, dont les plus connus, les dolmens, s’élèvent encore sur le sol de tout le massif, y compris la région des Causses... Il est possible que ces hommes aient été les ancêtres directs des Celtes de l’ancienne Gaule. Mais il est plus probable que les Celtes des historiens résultent du mélange de ce vieil élément autochtone à tête courte ou brachycéphale, et d’éléments envahisseurs venus de l’Orient; ceux-ci apportant avec eux une civilisation plus avancée et caractérisée par l’emploi des métaux; les populations celtiques furent ensuite victimes d’invasions multipliées, se faisant par deux voies différentes. Vers le Sud, les Phéniciens, les Grecs et les Romains fondèrent successivement de nombreuses colonies; vers le Nord, le pays qui devait devenir la France ne cessa d’être envahi par les races blondes à tête allongée, dont les traits principaux forment encore la caractéristique des populations actuelles. Toutes ces vagues humaines venaient se heurter au pied du massif central où les races primitives se conservaient relativement pures, et où Jules César put apprécier leur valeur guerrière. Les principales peuplades gauloises du centre de la France étaient les Lémovices, dans le Limousin; les Bituriges, les Brannovices, les Ségusiaves, dans les plaines de l’Allier, de la Loire et du Forez; les Arvernes, en Auvergne; les Vellaves, dans le Velay; les Gabales, dans le Gévaudan; les Rutènes, dans le Rouergue; les Volques Arécomiques, dans les Cévennes. A partir de cette aurore de l’histoire de la nation française, le massif central, paisible sous la domination romaine, fut à l’abri des incursions. C’est dans les grandes plaines qui l’entourent que le sang des envahisseurs, Francs et Normands au Nord, Maures au Sud, se mêla librement au sang gaulois, et que les confusions ethniques s’augmentèrent davantage. Les seuls croisements qui vinrent modifier les caractères primitifs des hommes du centre furent ceux qu’entraînent les relations commerciales et les rapports de voisinage. Les longs siècles qui correspondent à l’histoire de France n’eurent pour effet que d’établir et remanier les divisions politiques, et de rendre plus pittoresques les sites du massif central en les ornant de châteaux forts, de manoirs, d’églises, de chapelles, de constructions de toutes sortes, dont les ruines produisent un si bel effet au milieu des montagnes... On peut s’attendre, d’après cela, à retrouver encore, dans le massif central, une population très semblable aux Celtes, tels que ces derniers nous sont connus par les données historiques ou archéologiques. C’est, en effet, ce qui arrive. Au point de vue anthropologique, les populations du massif central se divisent en deux groupes d’importance fort inégale. A l’Est, dans le Limousin, dont les collines et les plateaux étaient d’accès facile, nous trouvons des hommes à tête allongée, ou dolichocéphales, tantôt bruns, tantôt blonds. Les bruns sont nombreux dans les parties septentrionales du massif... On remarquera la localisation des types dolichocéphales, blonds, apparentés aux races venues du Nord et de l’Est, dans les parties basses du massif. Dans tout le reste du territoire, c’est-à-dire dans la partie la plus montagneuse, ce sont les brachycéphales (à tête ronde), aux cheveux bruns, aux yeux foncés, qui dominent. La brachycéphalie est extrême sur les plus hautes montagnes, dans le Cantal, la Haute-Loire, la Lozère, c’est-à-dire dans les régions les plus difficilement accessibles. Broca a fait remarquer que le type des Bas Bretons et des Auvergnats actuels pouvait être considéré comme celui des Celtes au temps de César et de Strabon. Ce type peut se caractériser par une brachycéphalie prononcée, des cheveux bruns ou châtain foncé, une capacité crânienne notablement plus forte que celle des Parisiens, un front large, des crêtes sourcilières très développées, une face élargie. «Le visage paraît aplati et de forme rectangulaire; les pommettes sont parfois fortes et écartées, la mâchoire inférieure, carrée. Le nez, à dos plutôt concave et à bout plutôt relevé, est peu saillant et comme implanté dans une dépression au milieu de la face. Dans son ensemble, la tête est grosse et plantée sur un cou relativement étroit que débordent les angles de la mâchoire. Ils sont robustes, bien musclés, ils ont des membres forts et trapus. (Topinard)...» Les races du centre de la France, qui trouvent dans la Haute-Auvergne leur expression la plus élevée, sont fortes, vigoureuses, douées de qualités plus solides que brillantes, de l’amour du travail, d’un grand sens pratique de la vie, la ténacité, la sobriété, l’économie, l’attachement au sol natal. La criminalité, dans le massif central, est au-dessous de la moyenne française. L’émigration verse chaque année des flots humains de la montagne dans la plaine et dans les grandes villes françaises, pour le grand profit physique et moral de ces dernières. Une grande partie de la population parisienne se recrute dans le massif central.»
Mais il faut quitter le Puy, qui s’enorgueillit de bien des choses encore: de posséder un soulier de la Vierge, nombre de pièces rares dans son musée Crozatier, les entrailles de Duguesclin, à l’église Saint-Laurent, une statue de La Fayette, la porte Pannessac, etc., etc.