Château de Saint-Vidal.
Enfin, voici le manoir de Polignac qui «se présente de loin comme une ville de géants sur une roche d’enfer. C’est la plus forte citadelle du moyen âge dans le pays; c’était le nid de cette terrible race de vautours sous les ravages desquels tremblaient le Velay, le Forez et l’Auvergne. Les anciens seigneurs de Polignac ont laissé, partout, dans ces provinces, des souvenirs et des traditions dignes des légendes de l’Ogre et de Barbe-Bleue. Ces tyrans féodaux détroussaient les passants, pillaient les églises, massacraient les moines, enlevaient les femmes, mettaient le feu aux villages, et cela, de père en fils, pendant des siècles... Leur citadelle était inexpugnable. Le rocher est taillé à pic de tous les côtés. Le village est groupé au-dessous, porté par la colline qui soutient le bloc de lave...»
Bords de la Loire.—Le château de Bouzols.
La Roche, près de Brioude.
L’après-midi que j’y passai, le manoir de Polignac différait quelque peu de celui en ruines, de naguère; nombre d’ouvriers y travaillaient à restaurer le donjon, à déblayer, çà et là; pour l’instant, les démolitions et réfections faisaient de notre promenade aux ruines une visite à un chantier où la pierre grinçait, tout encombré de matériaux, d’outils, d’appareils...; ces travaux empêcheront les ruines de s’effondrer, de se niveler; il suffira de ces quelques lambeaux raffermis pour étonner des siècles encore le voyageur le moins renseigné à qui quelques pans de pierre, sur ces assises redoutables, continueront de redire l’orgueil et la puissance de cette forteresse dont les seigneurs s’appelaient à juste titre rois des montagnes..... Et quels rois! Qu’étaient-ce que les autres, chétifs, auprès d’eux! Les Polignac ne descendaient-ils pas de Sidoine Apollinaire—ou d’Apollon,—leur château élevé sur les ruines d’un temple de ce dieu; lisez là-dessus une page curieuse, sur les antiquités de la Haute-Loire: «Vers la frontière de l’Auvergne et du Velay, sur le haut rocher de Polignac, il a existé un temple d’Apollon, fameux par ses oracles. L’époque de sa fondation remonte aux premières années de notre ère puisque déjà, en l’an 47, l’empereur Claude y vint en pompe, comme pour accréditer la puissance du dieu, et qu’il y laissa des preuves de sa piété et de sa munificence. Les débris et les issues mystérieuses, que l’on retrouve encore sur le rocher, dans son sein et ses environs, révèlent les moyens secrets employés par les prêtres pour faire parler leur divinité et en imposer aux peuples. Au bas du rocher était une Ædicula: c’est là que les pèlerins ou consultants faisaient leur première station, qu’ils déposaient leurs offrandes et exprimaient leurs vœux. Un conduit souterrain communiquait de cette Ædicula au fond d’une grande excavation percée en forme d’entonnoir, depuis la base jusqu’à la cime du roc. C’est par cette énorme ouverture que, prononcés même à voix basse, les vœux, les prières et les questions des consultants parvenaient à l’instant même en haut du rocher, et que là, recueillis par les collèges des prêtres, les réponses se préparaient pendant que les croyants, par une pente sinueuse et longue, arrivaient lentement au but de leur pèlerinage. Les réponses étant prêtes, les prêtres chargés de les transmettre se rendaient dans des salles profondes contiguës à un puits dont l’orifice venait aboutir au sein du temple.
Le château de Domeyrat.