Quel riant spectacle de vie se développe, soit de Tournoël, soit de Châteaugay, soit de Randan, soit de Châteldon, sur le bassin de l’Allier, sur deux ou trois cents kilomètres de plaine et de vallée de fertilité telle que certains terrains y valent jusqu’à vingt-cinq mille francs l’hectare, sur cette opulente Limagne, un lac desséché, dont tant de siècles n’ont point fatigué la force ni terni la grâce, depuis que Salvien l’appelait la moèle des Gaules!

De toujours, ce fut l’enchantement de ceux qui vécurent en cette contrée généreuse et prodigue, de ceux qui y passèrent, qui auraient voulu ne plus s’en éloigner.

Sidoine Apollinaire la célèbre dans ses lettres à l’empereur Avitus, son beau-père, né en Auvergne, en vers bucoliques qui ne manquent pas de saveur, même traduits:

«Je tais la particulière beauté de ce territoire, la mer des champs en laquelle on voit ondoyer le sillon d’une riche moisson sans péril de naufrage,... délectable aux voyageurs, profitable aux laboureurs, plaisante aux chasseurs; les dos de ses montagnes entourés de paysages, les pentes, les vignobles, les terrains, de pacages, le découvert, de labourages, les creux, de fontaines, les précipices, de fleuves. Bref, ce pays est si fort agréable, que les étrangers, charmés du seul abord y ont souvent oublié les naturels attraits de leur patrie.»

Panorama de la Limagne.

Mais, sans le secours de ces enthousiastes auteurs, on peut jouir de cette profusion de merveilles. De quel ravissement n’est-on pas empli, lorsqu’on découvre, dans toute son ampleur, ce panorama de montagnes, de vallées, de plaines, de cultures, parmi les arbres, de ruisseaux et de canaux, de châteaux, de villages, de villes, l’un des plus fastueux qu’il soit permis de contempler!

On était parti d’une des stations thermales voisines, dans l’intervalle du traitement du matin et du soir, pour une promenade sans conviction, à des ruines, les sempiternelles ruines des guides, craignait-on. Et voici que, de cette aire toute démantelée, ne comportant plus que traces d’enceintes, lambeaux de murailles, porte aux meurtrières et réduits subsistants, autre porte à mâchicoulis, vestibules, cours, pièces écroulées, un oratoire, une salle des gardes avec sa cheminée, des taches de peinture décelant une décoration, un escalier en hélice, un autre appartement, des oubliettes; voici que, d’entre ces débris féodaux, vestiges suffisant par eux-mêmes à récompenser du trajet escarpé jusqu’à une tour de trente-deux mètres au-dessus du rocher sur lequel elle est bâtie, le rocher lui-même à quatre mètres au-dessus du rez-de-chaussée du château, celui-ci à six cent trois mètres au-dessus du niveau de la mer, voici que la vue tombe, plane, se pose sur des splendeurs... des magnificences de nature incomparables, troublantes jusqu’à l’ivresse... On sourit...

En effet, on ne songe guère jamais, en parlant d’Auvergne, qu’aux sources minérales par quoi on la connaît surtout...

Mais le vin, le vin d’Auvergne, le loyal limagne si rouge, coloré, frais, fruité, on le dédaigne trop, à la légère. Dans le seul département du Puy-de-Dôme, on a récolté, en 1893, un million deux cent mille hectolitres dans les vignes mûrissantes sur les rives de l’Allier, crus cotés de Chanturgues, aux coteaux de Clermont, si près du Puy-de-Dôme, de quoi tourner la tête au grave patriarche, crus de Corent, Buron, Chadebeuf, Havel, le Broc, Saint-Gervasy, toutes ces récoltes à peu près consommées dans le pays, sauf quelques exportations à Saint-Étienne, Lyon, Montluçon, Commentry...