La Limagne, c’est surtout le limagne, pour le montagnard, le vin qui lui vient d’elle, aux altitudes où la vigne s’arrête; le vin des grappes vendangées que les barcelles traînées par des vaches ferrandaises portent aux pressoirs, et le vin de fête, le vin de paille, produit des grains séchés sur une litière!

Dans la Limagne.—Les Vendanges.

Mais la Limagne n’est pas que limagne,—mais riches arbres fruitiers, pommiers, poiriers, pêchers, noyers, abricotiers, amandiers, épis serrés aussi... et cités où il nous faut aller encore... Anin ton que lo fumado del’ bi duro, allons, tant que la fumée du vin dure,... comme ils s’écrient, après boire, pour se remettre à la tâche...

Allons, mais il n’y a pas loin à aller, d’abord.

On ne peut passer sans une halte aux gorges d’Enval, à ce Bout-du-Monde, près de quoi Guy de Maupassant a situé son Mont-Oriol.

Je ne me souviens pas de ce ravin d’Enval sans un petit remords. N’être passé qu’une minute par quelque endroit et y avoir attristé deux yeux bleus de fillette, est-ce excès de sensiblerie, mais cela me reste là! vous savez où! Comme circonstance atténuante, j’en avais une, valable. Ce Bout-du-Monde attire tout le monde de Châtelguyon, de Riom: «La gorge, de plus en plus resserrée et tortueuse, a décrit le romancier, s’enfonce dans la montagne. On franchit des pierres énormes, on passe sur de gros cailloux la petite rivière, et après avoir contourné un roc haut de plus de cinquante mètres qui barre toute l’entaille du ravin, on se trouve enfermé dans une sorte de fosse étroite, entre deux murailles géantes, nues jusqu’au sommet couvert d’arbres et de verdure. Le ruisseau forme un lac grand comme une cuvette, et c’est là vraiment un trou sauvage, étrange, inattendu, comme on en rencontre plus souvent dans les récits que dans la nature...» Après la haute marche de rocher qui barre le chemin à l’endroit où s’arrêtent tous les promeneurs, «la terre tombée du sommet avait formé sur ce gradin un jardinet sauvage et touffu où le ruisseau courait à travers les racines. Une autre marche un peu plus loin barrait de nouveau ce couloir de granit... puis une troisième... au pied d’un mur infranchissable d’où tombait, droite et claire, une cascade de vingt mètres dans un bassin profond, creusé par elle et enfoui sous des lianes et des branches... L’entaille de la montagne était devenue si étroite que... deux hommes se tenant par la main en pouvaient toucher les côtés. On ne voyait plus qu’une ligne de ciel; on n’entendait que le bruit de l’eau; on eût dit une de ces introuvables retraites où les poètes latins cachaient les nymphes antiques...»

L’attelage ferrandais.

Donc, nous sautions de voiture. Tout de suite, des vieilles femmes, tricotant, des gamins, pieds nus, vous entourent, vous précèdent, vous escortent, vous suivent, avec la prétention assez excessive de vous guider dans cette impasse où, pour se tromper, il faudrait des ailes; il n’y a d’ouverture que par en haut.