Riom.—La Sainte-Chapelle.
Extrémité de la Limagne.—Châteldon.
Son biographe Faydit atteste avoir été témoin de nombre de miracles dont il cite le suivant: «J’ai vu fuir les serpents; j’ai vu couler le venin du corps de ceux qui avaient été mordus, à mesure que la relique du saint passait sur leurs membres, qui en étaient tous bouffis et enflés. J’ai vu et entendu crier et hurler les démons par l’organe de ceux qu’ils possédaient, et se plaindre tout haut qu’ils étaient forcés par ce grand saint de sortir du corps de ceux qu’ils agitaient d’une étrange manière.—Un fameux opérateur et charlatan, vendeur de thériaque, se vantait que son remède était si souverain contre toute sorte de morsures de serpents, qu’il en nourrissait toujours chez lui un plein coffre, et les lâchait ensuite sur des chiens et autres vils animaux qu’on lui apportait, et même contre des pauvres malheureux, à qui, pour de l’argent, il persuadait de se laisser piquer par ses serpents et leur en donnait l’exemple sur lui-même. Un jour qu’il prétendait faire l’épreuve de son remède en présence d’une infinité de gens, il se coula dans la foule un homme qui avait dans sa poche du ruban de saint Amable, ainsi appelé parce qu’il avait touché à ses ossements sacrés. L’opérateur fut fort étonné, quand ayant ouvert son coffre, il vit qu’au lieu que, les serpents avaient accoutumé dans d’autres pays de lever la tête, de siffler et de s’élancer contre les gens qui étaient autour pour les mordre et les infecter de leur venin, ils se cachaient au contraire dans le coffre et s’allongeaient couchés les uns sur les autres comme s’ils fussent morts ou endormis. Il les fouette et les agace, pour les obliger de mordre et d’empoisonner un bras qu’il leur présente; mais bien loin de mordre personne, ils s’enfuient tous généralement, et s’allèrent cacher dans des trous et dans des lits qui étaient dans la chambre, où quelques-uns crevèrent. L’opérateur, surpris, s’écrie qu’il y a quelque enchanteur dans la compagnie: et, craignant que tous ses serpents crevassent, oblige tout le monde de sortir. Alors, l’homme qui avait le ruban de saint Amable à la main s’écria: «Voilà le thériaque qui guérit de la morsure des serpents; voilà le souverain antidote contre leur venin; voilà ce qui les fait fuir et crever...»
On comprend que les Riomois aient été attachés au culte d’Amable,—dont les ossements pouvaient communiquer une telle vertu à du simple ruban,—comme ils n’en ont point de pareil à Clermont: aussi Riom trembla-t-il souvent de se voir disputer ces pieuses reliques. On refusa de les montrer à Massillon, évêque de Clermont, de crainte qu’il ne voulût s’en emparer, à l’une de ses visites diocésaines; on sonna le tocsin... et Massillon insulté, poursuivi, houspillé, n’échappa pas sans peine aux horions, dont il reçut quelques-uns...
Route d’Auvergne.
M. Gomot rapporte, à propos de saint Amable, un vœu dont les origines sont inconnues, fait par la ville de Riom, d’aller à Marsat chaque année en procession, et qui s’acquittait de la manière suivante:
«Les marguilliers de saint Amable faisaient couler un fil de cire dont la longueur mesurait la circonférence de la ville de Riom. Ce fil, roulé en forme de roue, était porté à la procession solennelle de saint Amable. Le dimanche suivant, les marguilliers conduisaient la roue à Marsat et la déposaient à l’entrée du bourg, sur deux grandes pierres spécialement destinées à cet usage. Le curé et les consuls de Marsat, accompagnés des bailes de la confrérie de Notre-Dame, venaient en procession pour la recevoir, et les marguilliers de saint Amable la leur remettaient «comme estant offerte au nom de la ville de Riom, pour la conservation d’icelle et à l’honneur de la sainte Vierge Marie, mère de Jésus, vénérée particulièrement en la chapelle de Notre-Dame de Marsat». Après quoi, les consuls donnaient à dîner aux marguilliers de saint Amable et à tous ceux qui avaient aidé à conduire la roue... La ville de Riom entrait pour une partie seulement dans l’acquisition de la cire de cette roue; la confrérie de saint Amable et les marguilliers y contribuaient, mais la plus grosse somme était fournie par une association fort ancienne connue sous le nom de Confrérie de la Chandelle de Marsat, qui devait fournir tout le luminaire de cette église... Depuis la Révolution, ce vœu a cessé d’être rempli. Néanmoins, on porte chaque année, à la procession de saint Amable, une roue de fleurs, commémorative de la roue de cire.»