Un village dans la Limagne.

De Châteauneuf à Chapdes-Beaufort.

Parmi d’autres coutumes de Riom, nous rappellerons l’ostentation des funérailles: «Il n’était pas rare de voir un convoi suivi par sept ou huit cents personnes. Par une tradition pieuse, dont il serait difficile de trouver l’origine, les parents et les amis du défunt recommençaient, trois jours durant après l’enterrement, la cérémonie des funérailles; c’est ce qu’on appelait les renombrements. Après avoir prié sur la tombe, ils ramenaient les parents les plus proches à la maison mortuaire; là, les pleureuses poussaient des cris lamentables, pendant qu’on distribuait aux pauvres le pain et le vin. Les étrangers réfugiés dans la ville (lors de la peste de 1631), ignorants qu’ils étaient de cette coutume toute locale, prenaient les renombrements pour autant d’enterrements nouveaux, et c’était pour eux une cause d’effroi qui les décidait à partir.» On dut interdire les renombrements.

Dans la Limagne.

De Riom, volcan vivant sous son placide aspect, où la cour d’assises, comme un cratère bouillonnant, se soulève de trimestre en trimestre, déverse, en éruptions, l’infâme lave des passions et des crimes humains, comme s’expriment les avocats généraux, nous pouvons retourner aux saines altitudes, où le vent s’épure, où il ne souffle rien des fanges et des misères terrestres! Montons au lac, au gour de Tazanat, élevé de six cent vingt-cinq mètres, avec une moyenne de soixante-quinze mètres de profondeur, dont j’emprunterai la description à Guy de Maupassant, encore: «Ces rochers bruns, bizarrement tordus, crevassaient le sol au bord de la route. On voyait à droite une montagne camarde dont le large sommet avait l’air creux et plat, on prit un chemin qui semblait entrer dedans par une entaille en triangle,... et découvrit tout à coup dans un vaste et profond cratère un lac frais et rond ainsi qu’une pièce d’argent. Les pentes rapides du mont, boisées à droite et nues à gauche, tombaient dans l’eau qu’elles entouraient d’une enceinte régulière. Et cette eau calme, plate et luisante comme un métal, reflétait les arbres d’un côté, et de l’autre la côte aride, avec une netteté si parfaite qu’on ne distinguait point les bords et qu’on voyait seulement dans cet immense entonnoir où se mirait, au centre, le ciel bleu, un trou clair et sans fond qui semblait traverser la terre percée de part en part jusqu’à l’autre firmament. La voiture ne pouvait aller plus loin. On descendit et on prit, par le côté boisé un chemin qui tournait autour du lac. Sous les arbres à mi-hauteur de la pente, cette route, où ne passaient que les bûcherons, était verte comme une prairie; et on voyait, à travers les branches, l’autre côte en face et l’eau luisante au fond de cette cuve de montagne... Lorsque le soleil fut près de disparaître, le ciel s’étant mis à flamboyer, le lac tout à coup eut l’air d’une cuve de feu; puis, après le soleil couché, l’horizon étant devenu rouge comme un brasier qui va s’éteindre, le lac eut l’air d’une cuve de sang. Et, soudain, sur la crête de colline, la lune presque pleine se leva, toute pâle dans le firmament encore clair. Puis, à mesure que les ténèbres se répandaient sur la terre, elle monta, luisante et ronde, au-dessus du cratère tout rond comme elle. Il semblait qu’elle dût se laisser choir dedans. Et, lorsqu’elle fut haut dans le ciel, le lac eut l’air d’une cuve d’argent. Alors, sur sa surface, tout le jour immobile, on vit courir des frissons tantôt lents et tantôt rapides. On eût dit que des esprits voltigeant au ras de l’eau laissaient traîner dessus d’invisibles voiles. C’étaient les gros poissons du fond, les carpes séculaires et les brochets voraces qui venaient s’ébattre au clair de la lune...»

Le puy de Chalard et le gour de Tazanat.