Mais surtout Royat, Châtel-Guyon,—aux portes de Clermont et de Riom,—l’une avec le chemin de fer, l’autre à proximité,—attirent et retiennent; par leurs sites plus cléments, au seuil de la Limagne et des monts, que ceux des stations voisines, la saison s’y prolonge davantage; leur installation, au point de vue médical, est en rapport avec les dernières découvertes, appropriée aux progrès les plus récents; et, pour le reste, c’est tout le confort, les facilités, les agréments de la vie mondaine; on ne se croirait point ici ni là dans un caravansérail de maladies, de douleurs, mais à quelque gala sans trêve, à un rendez-vous de la joie et du plaisir autour des établissements, des bains, des buvettes, parmi les musiques, les jeux, les spectacles, où le traitement se confond dans le mouvement de la plus brillante villégiature; toute cette souffrance avide de santé, qui se reprend à espérer, ne se discerne pas, éparse dans la foule, aux parcs, aux hôtels, aux terrasses, aux casinos, sur les routes d’excursions, sur les bords de la Tiretaine, où s’élève Royat, et les rives du Sardon, qui baigne Châtel-Guyon.

La confiance et la foi sont dans les plus sceptiques: les arrivants, convaincus par les partants, qui étaient venus las, exténués, objectant aux conseils de leurs docteurs de tristes «A quoi bon»? et s’en retournent ragaillardis, soulagés, allègres, sinon guéris!

Dans «les foisons de religions» qu’il voit en plusieurs endroits du monde et dans tous les temps, Pascal se lamente de ne pas trouver celle qui saurait lui plaire...

Royat.
Le parc et le viaduc.

Pour le bien et le salut du corps, les malades ne sont embarrassés que du choix avec Royat et Châtel-Guyon: autant de divinités que de sources, autant de sources, presque, que de maladies de l’estomac, des intestins, des appareils respiratoires, du foie, de la peau, de tous les organes, de toute l’économie; des divinités efficaces, qui ne demeurent pas sourdes à l’appel et à la prière des fidèles; des divinités longtemps perdues, comme le dieu Lug, du Puy-de-Dôme; mais, lui, n’a pas eu son culte restauré, tandis que, contre ou sur les anciens thermes romains de Royat et de Châtel-Guyon, on a rétabli ou créé buvettes, baignoires, piscines; et la nature a recommencé de guérir aujourd’hui indifféremment les chrétiens et les athées, comme elle fit des païens jadis.

Miracles de la science qui n’exigent de l’homme que quelques semaines de faciles remèdes, dans des décors enchantés, l’exactitude à boire le verre d’eau ou à se mettre sous le jet ordonnés.

Miracles qui se répètent pour les incrédules autant que pour les croyants: aussi avec quelle ferveur s’acheminent les pèlerins vers la source Gubler, cette Notre-Dame des obèses, ou vers la fontaine Saint-Mart, cette Mecque des goutteux!

Le chemin de fer aboutit à Royat même, ce qui n’est pas indifférent pour les malades, plus soucieux du confort de l’express que curieux du pittoresque des diligences. On vient aussi par Clermont, en quelques minutes, par la route qui traverse Chamalières, où monte un tramway électrique, entre les boutiques de pâtes d’Auvergne, de bonbons, de fruits confits, dont l’air est tout saturé, puis entre de magnifiques jardins, de fastueux champs de roses, et ce n’est plus que coquets chalets, maisons fleuries, hôtels luxueux ou pensions de famille dans les feuillages, dans le creux et sur les flancs de la gorge, qui se resserre et se ferme tout à fait avec, dans ses falbalas verts, comme agrafes et boucles à la ceinture, juste au milieu, son église-forteresse, une église du Xe ou XIe siècle, surmontée de mâchicoulis, où les hommes d’armes seraient à leur place autant que le prêtre; de là, du vieux village, de la hauteur, la vue de ces massifs de frondaisons d’où pointent des tourelles, où s’allongent des toits coquets, la vue de cette végétation épaisse, que perce encore la lave rouge,—Royat, Rubiacum,—par endroits, la rumeur des eaux qui se joignent, courent dans la Tiretaine, ruisseaux de Fontanat et sources de la Grotte, sept sources, comme le Nil, jaillissant à travers les laves, au-dessus d’un lavoir, tout cela demeure inoubliable, en souvenirs de grâce, de fraîcheur, de riantes délices!