L’église-forteresse de Royat.

Royat, où les élégantes les plus élégantes ne peuvent lutter contre la montagne aux mille robes de lumière et d’ombre, aux parures toujours inédites, aux broderies et aux dentelles de nuages, qu’elle quitte aussitôt pour en reprendre d’autres, jamais les mêmes!

Et, pourtant, elles en font de la toilette, nos élégantes! Pour rien, et pour l’hôtel, et pour la buvette, et pour la marche, et les ascensions, et la bicyclette, et le cheval, et le parc, concerts et petits-chevaux, et le crocket et le tennis, et le théâtre et la ville, et la table et le bal; j’en passe!

A Royat.—Sur la place de l’église.

Du grand hôtel Servant, à l’entrée de Royat, d’où le regard s’étend jusqu’à l’horizon sur la Limagne, jusqu’aux marronniers de la Belle-Meunière, aux bosquets posés sur l’entaille la plus étroite de la vallée, où la Tiretaine a dû user la pierre de ses eaux comme de «limes errantes», dans ce «théâtre de beautés et d’horreurs», s’est édifiée la rivale d’Ems, qui se targue de cures illustres, depuis le passage de la famille impériale, avant la guerre, jusqu’à celui du prince de Galles; aussi n’est-il guère d’hôtel qui n’ait logé d’hôtes un peu royaux; chaque année, le parc est la promenade de quelque altesse; plus d’une de ces chaises, qui portent à sa cabine baigneur ou baigneuse, contient une célébrité du pouvoir, un tyran de la finance, une gloire des lettres ou des arts, une lumière de la science, une renommée du chant ou de la danse, quelque souveraine de la beauté et de la mode. Ah! la Tiretaine n’a point à fournir un long trajet pour faire ses débuts dans le monde: une centaine de mètres, et la voici qui peut, du lever au coucher, suivre l’existence des majestés nomades, depuis l’hydrothérapie matinale jusqu’aux soirées du cercle et du casino; la toilette nouvelle, la pièce en vogue, tout de suite la Tiretaine est renseignée. Courte et bonne, sans doute, ce doit être la devise de la rivière, blasée, si précocement: longue et bonne, plutôt, semble le vœu de tous ces fidèles de la source Eugénie, de la source Saint-Victor, de la source César, qui viennent à ces Jouvence et à ces Léthé d’Auvergne boire la vigueur et la santé ou puiser l’oubli.

Sous les sublimes châtaigniers de Fontanat, dans la paix bienfaisante et le surhumain silence des arbres, quelle cure d’âme aussi peuvent faire ceux qu’importuneraient l’atmosphère légère, la griserie frivole de Royat toujours en fête, toujours en réjouissance, pressée de cueillir l’heure et la minute... «Hélas! déplore Legrand d’Aussy à la fin du siècle dernier, si cette belle fontaine, avec sa grotte et tout ce qui l’entoure, avait existé dans la patrie des Anacréon, des Tibulle et des Horace, avec quel enthousiasme ils l’eussent célébrée! Aujourd’hui son nom serait immortel; et, nous, en lisant leurs descriptions enchanteresses, nous partagerions leurs transports. Dans ce lieu, où nous autres nous ne voyons qu’une source et de la lave, leur riante mythologie eût vu une nymphe jeune et belle, qui, poursuivie par l’affreux Pluton, ne lui aurait fait éprouver que des rigueurs. Pour se venger, le dieu irrité aurait entr’ouvert les enfers et l’eût ensevelie sous un de ses fleuves enflammés. Longtemps l’immortelle infortunée aurait gémi dans sa prison. Mais le jeune dieu de Fontanat avait été sensible à ses attraits ainsi qu’à ses malheurs. Sous la forme d’un torrent, il était venu briser les voûtes infernales de son cachot. Devenue libre, la nymphe avait cédé à tant d’ardeur, et aujourd’hui, unie à son amant, ils vont ensemble porter le tribut de leurs eaux au vieil Océan, leur souverain.»

Dans la grotte de Royat.

Ce que n’ont point fait les poètes, les médecins l’ont fait, et la simple analyse des eaux, leur distribution en bains, en gargarismes ou en boissons, la création de thermes modèles ont profité à Royat plus que n’auraient pu toutes les odes des anciens et des modernes.