Mais, dès que la neige cède aux rayons de printemps, et que l’avrillée recommence de gravir les pentes, la Madone des sommets ne tient plus en place, sous les voûtes qui la protégeaient de l’hiver; il lui faut sa montagne; et, si l’on tarde à la délivrer, comme les troupeaux impatients qui, sentant le renouveau, brisent leurs chaînes de l’étable si on ne leur donne pas le bond assez tôt, elle s’évade; un matin, le bedeau s’aperçoit de la fugue.
On n’a point recours à la gendarmerie, on ne songe point au vol ni au sacrilège; on sait depuis des siècles où se renseigner lorsque la Vierge noire disparaît; c’est qu’elle a transhumé, repris à Vassivière ses quartiers de la belle saison; le sûr abri de la cité fortifiée, avec ses reliefs de moyen âge, sa tour du beffroi, ses maisons à fenêtres grillagées, à écussons, à encorbellements, ne l’a pas retenue...
Noire comme la Sulamite, comme la Sulamite, encore, ravie et entraînée à la ville, elle n’y oublie point le berger et les champs; elle frissonne à la voix qui chante à travers la montagne...
Besse.—Le beffroi.
Vainement, on s’est ingénié à la garder ici,—les Bessois soucieux, pour cette dame pleine de miracles, d’un asile plus décent que ce mesquin oratoire du plateau de Vassivière,—toujours elle a repris, à son heure, le chemin de sa demeure de prédilection...
La Vierge Marie, en tous les tons, de toutes les tailles, blanche ou noire, idoles christianisées ou statues véridiques, gauches ébauches taillées au village ou fontes colossales, est fort honorée dans nos montagnes.
Aucun autre diocèse que celui de Saint-Flour ne possède autant d’effigies de la Vierge couronnées. Menues comme celles des bourgades ou monumentales comme Marie, reine de haute Auvergne, qui s’érige sur le rocher de Bonnevie, à Murat, ou Notre-Dame de France, au Puy, elles tiennent tout le pays:
«Au même temps se fait jour, d’une merveilleuse manière, écrit l’abbé Chabau, le dessein de la Providence dans la distribution, sur notre territoire, des centres de dévotion à Marie. La voie ferrée de Capdenac à Arvant traverse le département du Cantal, du nord-est au sud-ouest, dans sa plus longue diagonale, en passant par Aurillac et Murat. Or, il est remarquable que, depuis Maurs jusqu’à Massiac, la voie est échelonnée de pèlerinages, de chapelles, de statues à Marie. De Quézac à Laurie, on ne compte pas moins de quinze stations pour le pèlerin, disposées sur ou proche la voie. Ainsi, depuis longtemps, la Vierge avait pris possession de ces vallées et défilés que devait suivre la ligne la plus fréquentée, assurément, de toutes celles qui pourraient encore un jour traverser nos montagnes. Observons encore qu’après Notre-Dame de Quézac, qui tient pour ainsi dire les portes du midi, on ne trouve, jusqu’à Aurillac, qu’un ou deux sanctuaires voisins du chemin de fer; mais, à partir de cette dernière ville, dans la partie du trajet la plus difficile et la plus dangereuse à la fois, ils se multiplient et se pressent comme pour y être le palladium des voyageurs. On a remarqué en effet que, depuis l’établissement de cette ligne, en 1866, il ne s’y est produit aucun accident de personnes. Sur cette ligne, il est un point stratégique entre tous: c’est Neussargues, où la voie venant de Séverac-le-Château, par Saint-Flour, rejoint la ligne de Capdenac à Arvant, pour aboutir tôt ou tard à Bort. Là, trois grandes compagnies se donneront un jour la main. Or, la sainte Vierge avait, à l’avance, pris possession de ce point central, par l’érection, en 1853, du premier sanctuaire du diocèse dédié à l’Immaculée-Conception... Prise de possession providentielle! Il est, au-dessous d’Aurillac, un autre point, la Capelle-Viescamp, où viennent aboutir, après s’être réunies un peu auparavant, les deux voies en construction de Saint-Denis-lez-Martels et d’Eygurande; Notre-Dame n’a eu garde de négliger ce poste. Mais ici, au lieu de se saisir du point central, comme à Neussargues, elle s’est emparée des quatre aboutissants, dont trois étaient déjà en sa possession: Notre-Dame des Miracles tenait celui du nord; Notre-Dame du Cœur, celui de l’est; Notre-Dame de Quézac, celui du midi; l’issue de l’ouest était libre. Et voilà que Marie en a pris officiellement possession, en se postant à Laroquebrou, par l’érection solennelle, il y a deux ans, de sa majestueuse statue...»