Ainsi je pensais aussi, tout petit enfant, alors que dans notre maison de la plate banlieue parisienne où le Mont Valérien joue les sommets, mes parents, en patois du pays, se souvenaient, racontaient les choses de là-bas et de là-haut,—pendant qu’à l’école l’histoire de France que l’on m’enseignait était de l’histoire d’Auvergne, si souvent, où ce qui me plaisait singulièrement, c’était que mes ancêtres s’appelaient Arvernes: cela suffisait à me consoler des moqueries habituelles à l’adresse des Auvergnats, fouchtra!

Clermont-Ferrand.—Rue des Notaires.

Comme les miens parlaient, par exemple, de terribles hivers, de telles années où les loups s’étaient avancés jusqu’au village, lorsque, le lendemain, en classe, on m’apprenait que les Arvernes enrégimentaient des chiens qui manœuvraient comme des troupes régulières, et que Bituitus en commandait un assez grand nombre pour ne faire qu’une bouchée de toute une armée romaine, facilement, je mêlais tout cela, le présent et le passé, de façon à éprouver la plus grosse désillusion, quand, sur les dix ans, arrivant place de Jaude, je ne trouvais pas les gens vêtus de peaux de bêtes, des régiments de molosses et les volcans en éruption.

Clermont-Ferrand.—Rue des Notaires.

J’en gardais longtemps rancune au chef-lieu du Puy-de-Dôme, et je crois bien que plus d’un voyageur n’est pas déçu,—comme j’en ai vu qui l’étaient,—pour d’autres raisons: car la position de Clermont-Ferrand, bâti sur un monticule, en amphithéâtre, comme une île au-dessus de la plaine, est une des plus belles du monde, juge encore Chateaubriand et jugeait Sidoine Apollinaire!

Il est vrai que Fléchier prononce «qu’il n’y a guère de ville en France plus désagréable, la situation n’en est pas fort commode, à cause qu’elle est au pied des montagnes».

Clermont-Ferrand.—Notre-Dame-du-Port.