«Donc après les oraisons accoutumées au départ, l’on commence à se ranger et mettre en ordre, et la procession à marcher fort gravement par les rues et places de la ville bien nettes, jusques en Mèzes où, selon la coustume l’on s’arresta, soubs les trois grands arbres près de la croix, et y fit-on quelques prières, puis de mesme sorte l’on monta bellement jusques à celle du mont Berteyre, où fut la seconde station, pour y faire les supplications ordinaires et donner un peu de respi aux plus foibles, lesquels poursuyvirent leur chemin, continuans leur dévotion jusques au sommet de la montaigne de Vassivière, où faisant alte, saluèrent la belle croix qui y est dressée, devant laquelle fut chanté par les musiciens le Stabat mater dolorosa, en faux bourdon très dévot. A l’harmonie duquel, et de quelques autres motets, les pèlerins estrangers qui prioyent dedans et dehors la chapelle de Nostre-Dame, assez distante, y accoururent en foule, et en tel nombre qu’il passoit les six mille, et ce pour voir la procession si bien rangée, laquelle ils accompagnèrent dévotieusement, admirants son bel ordre qui estoit tel dès le commencement.

«En premier lieu marchoient devant icelle quatre jeunes enfants habillés de robes blanches, faictes en aulbes, chascun sonnant une clochette, et au milieu d’eux un pèlerin de Saint-Jacques portoit la bannière, de tafetas rouge et bleu, ayant d’un costé l’image de Nostre-Dame et de l’autre celle de saint Jean-Baptiste, en broderie.

«Après venoient les autres pèlerins dudict Saint-Jacques, faisant deux rangs, chascun avec son bourdon à une des mains et son chapelet en l’autre, comme en teste leur chapeau de voyage, parsemé de petites images de jayet et de coquilles de mer, et d’aucuns le mantelet de cuyr sur les épaules, étant quarante de bon compte.

«En la procession de l’an 1609, la plupart des jeunes enfants de la ville survolent deux à deux, chantant les litanies tantost de Nostre-Dame, tantost celles des Saincts, comme les filles toutes voilées de linge blanc, ou deschevelées, et, une bonne partie, pieds nus.

«Peu de distance après suivoyt un jeune fils, paré du tout comme les précédants, portant un falot de fer-blanc avec un cierge allumé dedans, et au bas d’icelui, étoit attachée l’image de Nostre-Dame du Rosaire, avec cet escripteau:

Te virgo sacer ordo colit, colit ordo profanus;

Te Christi matrem cœlica turba colit.

«Es deux costez du susdict estoient autres deux semblables, chascun ayant une guirlande de fleurs en teste, et portant en main une torche avec les deux escussons des deux premiers mystères joyeux de l’Annonciation et Visitation de la Vierge.

«Tout après venoyent deux diacres revestus selon leur grade, portant deux belles haultes croix d’argent, suyvis d’un troisième qui tenoit l’aspergez en main, accompagné d’un petit porte-bénetier pour donner de l’eau bénite à ceux qu’il rencontroit par chemin.

«Le corps de messieurs de l’église et communauté de la ville suyvoit modestement deux à deux, en fort belle ordonnance; les rangs esloignez l’un de l’autre de six pas, tous parez, sur leurs aulbes ou surpelis de belles chappes de velours, de satin, de damas, en broderie d’or et de soie, mesme celle de feu Me Batuti, natif de Besse, conseiller du Roy au Parlement de Toulouse.