Si je le savais du moins, par où, quand, j’ai pu froisser leur susceptibilité?

Mais ils restent muets. En vain, je me confesse. Jamais je n’ai parlé ni écrit d’eux en termes dont ils auraient pu se formaliser!

Rayonnement des vallées autour du puy Mary.—Vallée de la Santoire et de l’Impradine.

Il est vrai que je ne leur ai pas reconnu la stature du mont Blanc, la sveltesse de certaines Alpes, l’ossature déliée et nerveuse des Pyrénées... Mais, en revanche, n’ai-je point assez vanté la carrure de nos cimes auvergnates, de ces monts, doyens du globe, patriarches de la création, survivants des époques héroïques de feu ou de glace, et qui, aujourd’hui encore, font la pluie et le beau temps, commandent les vents et les eaux, dominent et règnent, en tyrans absolus, sur de vastes régions!

Faut-il répéter mon admiration, redire ma tendresse filiale pour ces ancêtres respectables? Les ai-je délaissés? Est-ce que, à chaque minute de liberté, je n’ai pas couru vers eux?

Et ils s’enferment dans leurs brouillards, impossible d’atteindre jusqu’à leurs crêtes hostiles.

Ce ne peut être le hasard: il suffit que je projette de monter pour que ces mauvaises têtes s’enveloppent de vapeurs compactes. Nombre de fois, j’en ai été pour de faux départs, des nuits incertaines à l’auberge du Lioran, ou dans la cabane du cantonnier, au Plomb ou au Puy, des matinées à espérer que ça se lèverait...

Oh! bien oui, les grisailles du matin, c’était de l’encre de Chine à midi...

En attendant des années meilleures, des jours propices, et que le courroux dont je suis victime s’apaise, contentons-nous seulement d’escalader des entassements de papier, en chantant à la gloire de ces irascibles Plombs et Puys! Peut-être pardonneront-ils, devant la sincérité et la ténacité de mes sentiments, car vous pourriez vous faire plus inaccessibles et arrogants encore, ô Plombs et Puys de mon pays; je ne cesserai de diriger mes pensées et mes pas vers vous, pèlerin assoiffé de connaître où je ne suis point allé, de retourner où j’ai traversé déjà, où celui que je suis brûle de retrouver celui que je fus, le moi fuyant du passé dont les atomes usés et perdus au long des routes ne se ressaisissent, ne se rassemblent et revivent ainsi pour nous-mêmes qu’une seconde, en apparition et en évocations d’ombres qui vous ressemblent comme un frère, à des angles de chemins, à des tournants de vie...