Plombs et Puys de notre Cantal, qui donc vous aima plus que moi? Dans la mémoire et le cœur duquel de vos enfants ont germé des nostalgies pareilles?
Et c’est pour vous-mêmes, exclusivement, que je vous aimai, en souvenir de quelques mois d’enfance...
D’autres remontent à vous pour y rejoindre des êtres chers, le grand-père ou l’aïeule, des parents, des amis... Ils ont quelque part place à la grande table, ou sous la cheminée...
Moi, dans ce mien pays, où je n’ai que des tombes à visiter, c’est en étranger que je marchais, que je faisais halte au soir à la table, au lit de rencontre...
Des fumées que le vent balançait au-dessus des chaumes dans le crépuscule, nul méandre, nulle spirale ne s’élevait d’un toit, d’un âtre où je fusse convié...
Du lait, qui giclait dans la gerle sous les doigts du vacher, à la porte des étables, nulle écuelle n’était tirée à mon intention...
Des tourtes et des pompes, que l’on sortait des fours, que les ménagères emportaient toutes chaudes, rousses et blanches, sur leurs têtes, pas une croûte n’avait cuit pour moi...
Et lorsque je tombais à quelque endroit, sur une fête, il aurait fallu m’y mêler, pour voir comme j’aurais été reçu à la bourrée, sans personne pour dire: «C’est un tel... de là... faites-lui place», puisque je n’avais personne et n’étais de nulle part...
Ainsi, lorsque je revenais vers vous, n’était-ce point pour autre chose que pour vous,—ô Plombs et Puys, où s’assouvissait ma passion de silence et de solitude,—et vous pouvez croire que mon but n’était pas de prendre des notes, et d’amasser des documents pour les livrer, un jour, lorsque la nécessité me contraindrait à de la copie; tout ce que je rapportais de vous, c’était, glissée entre deux feuillets de mon poète de ce moment-là, quelqu’une de ces violettes rétives, de ces chétifs œillets qui poussent sur vos plateaux et dans vos précipices; c’était, dans ma valise, quelque lambeau de caillou, quelque tronçon de lave et de basalte qui, loin de la montagne, me composaient des reliques aussi précieuses que les bribes d’os ou les rogatons de chair calcinée d’un martyr pour les fidèles.