Nous dînons, trois, à cette table qui fut si nombreuse, nous forçant à causer, à briser le cercle de fer des souvenirs, et n’y parvenant point, toujours garrottés dans le passé…

— Te rappelles-tu les histoires que tu aimais tant… Ça ne te dit plus, sans doute ?

Hélas ! si… cela me dit encore et c’est peut-être d’avoir aimé tant les écouter qu’il m’est venu d’en raconter à mon tour, pensé-je. Ah ! si les miennes pouvaient intéresser de la même façon que celles des autres m’intéressaient, moi !

La cousine récapitule :

— Tu te souviens, la Casso boulento ?

La Chasse volante ! Le grand veneur qui traverse à de certains minuits la vallée, vêtu de flammes, poussant de son fouet de feu, à travers l’espace, sa meute rouge et ses piqueurs flamboyants, — si je me souviens !

— Et las Fados da Fareire ?

— Oui, les Fées de Farère, qui habitent cette grotte merveilleuse, sous les pendentifs de basalte !

— Et le château de la Boyle, que ne dépasse jamais « l’agasse » — les pies ayant été excommuniées à la suite d’une foule de vols ?… Et le château du Grand-Roc, qui garde un énorme trésor dans ses ruines ?… Et « les peurs » du côté de Lescure ?…