— Et celle de la borne ?…
— Oui… que déplace un paysan, empiétant sur le champ voisin, dont le maître est mort et qui entend une voix lui crier : Planto lo borno ! — Planto lo dritto ! Plante la borne ! Plante-la droite.
— Et le mort… enterré à l’endroit qu’il ne veut pas… par de mauvais héritiers ?…
— Oui… qui trouvent sa pierre défaite tous les matins…
Oui, oui : je me rappelle tout, ces croix, çà et là, l’une pour quelqu’un frappé de la foudre, l’autre, sur le terrain où un chien déterra les trois jumeaux bâtards enfouis par une servante…
Oui, je me rappelle, et j’ai peur presque…
La nuit s’est étendue, pendant la conversation… Et je balaie d’un revers de main nerveuse la croix de mie de pain, que mes doigts machinalement avaient pétrie…
Je ne me trouve pas seul sans malaise, dans la chambre qui m’est destinée ; à côté, mes hôtes ont fait la prière, à demi-voix, puis se sont couchés ; et c’est le silence formidable de la nuit compacte…
Pas de bruit, que le murmure lointain de la rivière, au bas de la côte, dont les bois confus dans les ténèbres ne sont que des masses d’ombre, d’encre épaisse dans le sombre…
Tout d’un coup le chant clair, métallique de l’horloge, qui se répète, suivi de la sonnerie des autres horloges de la maison, à double sonnerie aussi, tout cela qui éclate de pièce en pièce, va scander mon insomnie, car je ne dormirai pas…