Je veux prendre un livre. Mais la porte de sa chambre est condamnée religieusement depuis sa mort…

Ah ! ce cabinet, en son absence, que d’heures défendues j’y ai passées, forçant la bibliothèque et les tiroirs, les yeux effarés — à l’âge du saute-mouton et des billes ! — devant tout ce qu’ils me révélaient des misères du corps, ces livres de science aux images terribles ! Et les instruments d’acier qui luisaient… De combien de maux ne me suis-je pas cru atteint ! Il n’en est point dont je n’aie souffert en imagination !

Mais qu’est-ce que ceux-ci, pour lesquels, plus ou moins, il s’invente des remèdes ! J’en ai connu d’autres, depuis, d’incurables tourments, et qui n’étaient pas signalés dans les livres…

La bougie s’éteint à un coup de vent, je vais fermer la fenêtre et…

Oui, une seconde d’effroi…

Contre le mur, quelqu’un est debout, qui s’avance…

Un instant pénible, je vous assure, avant de me rendre compte : une soutane de missionnaire pendue à une patère, et que le vent remuait… Ce qui a suffi pour me chavirer l’âme que j’avais déjà tout de travers, avec ces mille secousses de souvenirs.


Avant de partir, vous devinez bien que je fais mon pèlerinage au Calvaire…

Oh ! je n’essaie plus de parvenir par la difficulté, à la force des genoux et des poignets ; l’ère de ces héroïsmes-là est close ; nous suivons le chemin de tout le monde, — qui gravit la pente, par un détour, — sur le gazon doux… Cette route, on nous l’avait bien enseignée, d’ailleurs, jadis ; mais nous n’avions que dédain pour la voie tracée et nous continuâmes de tenter l’impossible, — qui seul nous tentait…