Mais, des années et des années après, voici que je reviens à la montagne, lassé un peu de la complainte menteuse des vagues, lassé de leurs caresses mouvantes et de leur vaine tendresse fuyante, et de cette agitation sans fin, toute secouée de vouloirs et de désirs… C’est que toute la fougue des cœurs en partance s’est apaisée en moi, peut-être ! et que, désormais, l’ambition ne me hante pas de plonger « au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ».

Inutilement la chanson de la sirène m’invite aux voyages ! A quoi bon courir vers d’autres grèves ! Partout fleurit la déception ; l’herbe de la désillusion croît et foisonne à toutes les altitudes, sous toutes les latitudes, pour ceux dont l’âme est, de naissance, vouée au noir…

Or, voici qu’elles sont passées, les heures où la mienne se laissait rouler aux volutes des vagues, aux chimères de la vie, dont les ressacs violents m’ont plus d’un coup jeté contre les brisants…

A présent, la montagne me sollicite…

L’immobilité des monts, leur silence, maintenant, tout d’eux m’est fraternel et charitable…

Aux troublants conseils d’agir de la mer, avec ses ondes en mouvement perpétuel, ils opposent l’acceptation de tout, la résignation à tout :

— Nous aussi, me prêchent-ils, nous avons été jeunes, bouillants, impétueux ; alors, nous jetions feu et flamme ! Mais, peu à peu, le volcan s’est éteint, ensevelissant sous la cendre la forêt de printemps toute verte.


Aujourd’hui, la montagne ne m’apparaît plus aussi impassible qu’autrefois, avec tout ce fabuleux passé que je sais enseveli sous le dur basalte ! A chaque fois que je gravis vers le Plomb ou le Puy, sur le gramen glissant qui tapisse leurs pentes, à travers les poils de bouc et la gentiane, je me rappelle ma descente dans leurs entrailles, en compagnie de M. Rames, à l’époque où tout cela flambait jusqu’au ciel — dans la nuit des temps…