Un à un, il me dit les tremblements de terre, les secousses préliminaires, les crevasses d’où sourdent les jets de basalte, et l’apaisement qui succède, pendant lequel un fleuve coule, aux rives habitées de mastodontes, de dinotherium, de gazella deperdita — qui ne saurait durer dans un pays accidenté.

— La contrée était donc en plaine !

Et, comme après chaque assertion, la preuve, M. Rames brandit un quartier de mâchoire monstrueuse, ou bien extrait, d’une boîte garnie de coton, une dent d’hipparion, l’ancêtre de notre cheval.

— Encore un coup, tout va changer… Le fleuve se tarit… Il y a des tiraillements du sol… L’ère des grands volcans s’inaugure… Le Cantal se troue, vomit des flots de trachyte, comme une fonte en fusion, avec des trombes de scories, ici, denses, là, légères et spumeuses…

J’écoute toujours.

Au dehors, l’averse tombe ; dans la pièce, les ténèbres s’amassent ; je marche, la pensée chancelante, à travers des catacombes où me guide quelque fabuleux génie.

Désormais je ne sais si je dors ou si je veille… J’assiste aux crises ardentes de la matière, je traverse la fournaise des volcans, je suis dans le cratère, avec un compagnon bizarre, qui porte une simple calotte bourgeoise. Un seul œil brille derrière de vastes lunettes d’alchimiste, l’autre mort — sans doute la Terre qui s’est vengée, avec un éclat de pierre, du téméraire qui travaille à lui ravir ses secrets… Un compagnon étrange et fantastique, que ce cyclope bienveillant, dont la moustache pend, maigre et sèche comme une herbe de muraille, et qui a le rouge d’une décoration sur sa veste… Nous allons, et son marteau prestigieux abat devant mes pas les parois du monde souterrain… Un à un, les murs s’écroulent, et je sens que nous escaladons vers la lumière, que nous y atteignons…

Encore, seulement, à patienter quelques millions de siècles !…


A présent, je vis à l’époque pliocène où les animaux ont des ressemblances avec ceux d’aujourd’hui, mais dans un climat plus chaud que le vôtre, ô montagnes refroidies et chauves d’à présent ! Oui, je me promène à l’orée de forêts vierges, parmi les flores tropicales dont on a retrouvé les traces silicifiées !…