— Quand la forêt eut fleuri des milliers de siècles, une éruption éclata, la plus terrible de toutes, qui ensevelit la contrée sous un linceul de cendres… On a déterminé la saison, la minute exacte où la sylve fut surprise… Nous possédons le moulage de sa vie gardée dans la poussière… On sait d’où soufflait le vent par l’inclinaison des feuilles saisies frissonnantes… C’était au printemps, en pleine vernation, comme l’indiquent les feuilles, toutes jeunes, encore plissées !… Regardez ces empreintes des boutons les plus frais, des baies les plus tendres, des insectes morts sur le cœur des fleurs… Et puis cela recommence, d’autres péripéties du feu… L’effroyable chaudière plutonienne soulève bien des fois encore l’écorce terrestre, cuite et recuite… Les laves débordent, montent en tempêtes de flammes, en incendies qui lèchent les voûtes du ciel…

Puis, c’est la neige, la blanche neige qui tombe, qui tombe ; les glaciers qui se forment, et puis la fonte des névés, qui creusent, par leurs torrents, les vallées, et déchirent et dentellent le volcan ; les basaltes et les trachytes se cassent, s’effondrent, sont roulés sur les pentes, haussés sur les sommets ou entraînés dans les fonds, et les puys, les plombs, les cônes, les dômes, les sucs, les pitons s’érigent, se modèlent…

Et puis… et puis… la vie est trahie, nous est révélée par l’ours des cavernes, le mammouth velu, et le renne, — et l’homme…

Nous sommes sortis de la nuit des temps…


— Monsieur… monsieur…

Nous nous levons, comme en sursaut, tous les deux…

— Monsieur, on vous demande, c’est pressé ! crie la servante, heurtant à la porte.

Hélas ! le charme est rompu !

— Diable de pharmacie ! murmure M. Rames, et nous descendons.