Les filles le moquent un peu :
— Vous êtes de noce, Jantet, que vous voilà si brave…
Mais il a la réplique vive :
— Ah ! millodiou, je ne l’ai été qu’une fois, de noce… une fois de trop… quand ma femme s’est mariée…
Il rit largement de sa plaisanterie et continue en s’adressant à moi :
— Ce jour-là, et quatorze autres — un par enfant, pour les baptêmes — voilà tous mes congés, en payant un remplaçant encore, depuis vingt-cinq ans que je fais le facteur… On n’a pas assez de libre… Faudrait deux ou trois jours par an… On est esclave, voyez-vous… C’est bien désagrable !
Les dernières brumes, comme des mousselines, s’envolent des hauteurs ; quelques-unes planent encore au-dessus de la rivière, dans le creux de la vallée ; le soleil monte vers l’espace ; des troupeaux escaladent les pentes ; les oies se répandent dans le Communal ; un roc géant, avec une forêt pour chevelure, chante à la lumière le concert des milliers de nids qu’il recèle… Dans le bourg s’enfle une rumeur de réveil, grincent les serrures des boutiques… Un char cahote sur les cailloux, le bouvier pique de l’aiguillade sa couple de bœufs…
Nous partons…