Quelqu’un de Vic-sur-Cère, où je séjournais, m’avait conseillé :

— Pour apprendre le pays, partez avec le facteur qui fait la montagne ; c’est le meilleur guide…


— Oh ! bougre !… Demain, c’est le moins quarante kilomètres, voyez-vous, me prévint Jantet, quand je lui communiquai mon désir de m’adjoindre à lui, dans sa tournée. Si vous craignez la marche, je vous ferai signe un jour où je n’aurai pas tant ?

Je lui affirmai que je ne craignais pas la marche, et nous fixâmes notre rencontre, pour le coup de six heures, sur la place.

J’arrive au rendez-vous, où Jantet m’« espère » déjà, dans un groupe de servantes bavardes qui remplissent leurs seaux de cuivre à la font…

Elles interrogent Jantet :

— Qu’est-ce donc aujourd’hui ?

Car il s’est équipé en mon honneur de vêtements frais ; il a mis sa blouse neuve, cassante, à plis si raides qu’on la croirait de tôle bleue, noué à son cou un foulard bariolé, arboré son képi des jours de fêtes ; sa gibecière au dos, le bâton entortillé de cuir à la droite, un parapluie haut comme une tente sous le bras gauche, Jantet est prêt, allègre, maigre, noueux, avec — dans son visage du brun rouge cuit et recuit des laves de son Auvergne et dans sa barbe aux poils en piquants droits, rigides — deux yeux de fillette, deux yeux de fleur.