— Mais, plus tard, vous allez mieux…

— Non, je sais, tout de suite… la montre c’est pour votre fils… pour Charles…

Elle savait le nom…

— Ramassez tout ça… voilà l’infirmière… Demain… Ajalbert, l’Auvergne…!

Mon cœur battait en tumulte, les larmes jaillirent comme si je perdais, une deuxième fois, ma mère, et je ne pouvais détacher mes regards de l’inconnue de tout à l’heure — maintenant ce que j’avais de plus près au monde, étendue là, comme une statue, sous le drap collé en draperie de pierre à un squelette, — la statue de basalte, — de l’Auvergne…

*
* *

Le lendemain matin, appel du téléphone :

— Madame Naves décédée.

*
* *

Après l’enterrement, je portai les papiers chez le notaire… Trois ou quatre cent mille francs… J’allais entrer en possession, quand une opposition surgit… Il n’y avait pas de testament… Des « généalogistes », la bande noire qui rôde autour des agonies solitaires, sur les indications des bureaux de décès et des pompes funèbres, avaient flairé l’aubaine, découvert en quarante-huit heures des douzaines d’héritiers aux derniers degrés, de Pierrefort à Saint-Flour, et ce fut avec Me Gastaldi, le notaire de ces écumeurs de tombeaux, un procès interminable, de 1913 à 1924, où l’avoir partagé entre une douzaine de co-héritiers ne me laissa pas de quoi rémunérer le temps gaspillé en procédures…