Mais quel trésor de rêve, où je puise radieusement, quand je doute de mon effort… J’aurais dû faire autre chose, plus de romans, du théâtre ! Une voix monte de terre, qui répète :
— Ajalbert…, l’Auvergne…
Ça suffit… N’aurais-je écrit que pour cette humble femme de mon pays… que ma part est assez belle, pour que je n’en regrette aucune autre…
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— Ajalbert… Ajalbert…
Ce n’est pas que dans ce galetas de Paris, que j’ai goûté cette gloire secrète que ne m’auraient pas valu des succès plus voyants ou bruyants de la foule.
Naguère j’ai voulu traverser une fois encore les lieux où s’étaient partagées quelques années de mon enfance, et mes vacances de collégien, le dernier village de la Planèze, en escalade vers la cime du Cantal…
Un dimanche, l’auto me déposa sur la placette de l’église romane de Cézens, — dont l’humble clocher à peigne s’interpose toujours entre mes yeux et les architectures les plus prestigieuses : c’est le premier monument qui me soit apparu, au-dessus des chaumes de la montagne. Depuis cinquante ans, rien de changé. Je reconnaissais la forge, les auberges, les étables, la « charreire » caillouteuse dévalant vers le ruisseau mince où j’avais fusillé des truites.
Dimanche, onze heures, silence et solitude, tout le monde à la messe. J’entrai. De la centaine d’assistants, les têtes se détournaient vers le retardataire, des femmes agenouillées dans la nef, des gamins alignés sur les banquettes, des enfants de chœur en galoches aux hommes dans la tribune de bois — le remuement sonore des chaises et des galoches sur les dalles — et cette corde de la petite cloche, dont on enviait le sonneur, Pierrouti…