Devant la porte basse est un tilleul, dont le vent a grignoté, déchiqueté les feuilles, comme auraient fait des chèvres.
Un groupe attend le médecin ; deux gendarmes bourrent leurs pipes, assis sur une souche ; l’air est glacé. Ils ont noué leur mouchoir au cou.
Le juge de paix, le chapeau melon enfoncé sur un serre-tête noir, va, de long en large, roule des cigarettes.
Un garçon se tient debout contre le char, attelé de bœufs, qui doit transporter le mort. Un autre bouvier s’accoude sur le joug, entre les cornes des bêtes.
A l’écart, sur le gazon, le feutre rabattu sur les yeux, les jambes croisées, un crayon aux doigts, un carton sur les genoux, le greffier s’est installé — comme un paysagiste devant un motif…
Des cochons noirs passent et repassent, galopent, se jettent dans nos jambes.
Le médecin et le juge de paix échangent quelques paroles.
Sur un ordre, les bouviers rabattent le dessus de la bière, défont le linceul, empoignent le corps, rigide dans une chemise de couleur, un tricot de laine brune, un pantalon de bure amadou, l’allongent sur une planche qu’on incline au moyen d’une grosse pierre…
Une odeur pénible dure quelques secondes, qu’entraîne le vent du soir…
Les assistants font cercle autour de l’opérateur.