Ce fut un soulagement quand j’aperçus la statue de la Vierge au sommet du Rocher de Bonnevie, qui domine la ville.

Deux heures après, j’étais rentré à Vic-sur-Cère, par le train, où je fus entouré, questionné, vous devinez ! comme si j’en étais — de l’assassinat !

Et je dus vingt fois redire ce même récit, à la même table où s’étaient assis l’autre soir les deux amants : Paul R… et l’anonyme Valentine…

La Quenouille.

Cette année-là, les troupeaux de la ferme de Roquebrune descendirent de la montagne plus tôt que d’habitude. Pourtant, Pierrou, parmi ceux du pays, était toujours le dernier à dévaler des burons : ce qui faisait dire, chaque automne, lorsque son bétail gagnait l’étable, que le loup devait être proche ; et puis, malgré la neige qui poudrait le puy Griou et les brumes dont s’encapuchonnait le Plomb du Cantal, les bêtes n’avaient pas eu à souffrir du froid ; l’arrière-saison était tendre encore. Mais, cette fois, le farouche buronnier, qui semblait ne jamais rentrer au village qu’à regret, avait hâte d’hiverner…

Au printemps, lors du départ pour le masut — tandis que, sous la conduite du berger et du valet second, les bêtes (sans qu’il fût besoin de l’aiguillon ni du chien) se mettaient en route dans une sonnerie de clochettes et de grelots, joyeuses, pressées de cette impatience qui les fait beugler, inquiètes, et rompre leurs attaches aux primes senteurs d’avril — Pierrou s’était arrêté à la porte de l’auberge, signalée par une branche de sapin… oh ! pas pour boire… mais pour dire à la Catinette…

Justement, elle était seule, qui riait et fredonnait, occupée à rapiécer un vêtement.

Alors, Pierrou n’osa plus.

Cependant, il s’était juré qu’il aurait du courage : il n’y avait plus de délai possible !

Mais ne se promettait-il par d’être hardi depuis six mois ?