Et, sans plus, elle s’échappa, jetant au buronnier la fleur qu’elle mâchonnait de ses dents blanches comme une caillée de lait, de ses lèvres pourpres comme la digitale…
— Fou !… Pierrou le devint.
Il crut à un aveu, à une promesse, à un consentement.
Il serra dans sa malle, entre deux mouchoirs, la fleur — qui, pour lui, fleurait bon l’espoir, — que la Catinette lui avait jetée sans penser, par manière de plaisanterie, par jeu de gamine ; et la phrase évasive, ironique peut-être : « Nous reparlerons de ça »… s’inscrivait, indélébile, dans son esprit, et ce rire de ces lèvres que sa déclaration n’avait pas fâchées, — ce rire tintait aux oreilles du buronnier, tout le long du jour, comme un carillon de joie et de délices !
D’ailleurs, pourquoi n’eût-elle pas consenti ?
Pierrou touchait de forts gages ; les maîtres le jugeaient le meilleur fromager de la vallée de la Cère, et la Catinette était pauvre. Le rude garçon n’avait donc pas à craindre un refus intéressé.
Aussi, nul doute n’atteignit sa foi ; cette fleur et cet éclat de rire — comme la Catinette en prodiguait sans réflexion aux jeunes hommes du bourg, qui lui volaient, devant son père, si elle ne l’offrait pas, la fleur de son corsage et baisaient les fossettes de sa joue, après la bourrée, selon la coutume — pour Pierrou, sur la montagne, quatre ou cinq mois l’an, candide et sombre, toujours à l’écart de la jeunesse, ces choses banales, une fleur, un sourire, au lieu des lèvres closes, du front sévère qu’il redoutait, ce fut, par le grossissement d’une imagination exaltée dans le rêve et la solitude, mieux qu’une promesse et qu’un aveu, — ce fut un pacte irrécusable.
Ces longs mois sur les sommets, au bord du ciel, hanté du seul vol inquiétant des aigles au-dessus de la bergerie, maintenant, les yeux de Pierrou cessèrent de voguer là-haut, comme jadis, dans l’océan d’azur, à la remorque des gros nuages qui glissent dans l’éther comme de pâles vaisseaux fantomatiques : ces longs mois, Pierrou les vécut, les regards pointés vers la plaine, par les pentes et les vallons, dans la direction du village — d’où il supposait peut-être que montaient vers lui les regards réciproques de la Catinette ; et sa mémoire ruminait les moindres événements du passé, des menus faits, des paroles futiles, des coïncidences innocentes, qui devenaient pour lui des indices irréfutables, des preuves graves, des affirmations : elle l’avait remercié, d’une voix si douce, un jour, pour un nid de bouvreuil, un autre, pour être allé lui tirer de l’eau à la fontaine… et quand il lui avait rapporté plein son mouchoir de poires de la foire d’Aurillac.
Même, une fois, elle avait avancé :