Je n’avais pu me procurer de cheval au village où, la veille, j’étais arrivé sur le soir, trop tard pour songer à gagner le château, encore que j’y fusse attendu, mais, dans le mois, sans date précise. Cela faisait vingt ans que je n’avais vu sa propriétaire actuelle, Mme de Peyrardent, aujourd’hui ; jadis, Mlle de Vergnés — Mlle Adèle pour les paysans — Adèle tout court pour moi. Adèle qui ne se souciait guère d’avoir eu des aïeux en Palestine, Adèle avec qui, vers les huit ans, nous courions les futaies à chercher des nids ou cueillir les airelles bleues ! Puis, je ne connaissais pas M. de Peyrardent. Toutes raisons qui m’avaient arrêté de me présenter de nuit et poussé à « espérer » le jour, suivant l’invite de l’aubergiste.
Alors, je résolus de me rendre à pied, deux petites heures par la traverse…
L’aubergiste avait hélé un valet, qui partait couper du bois à mi-côte ; il finirait de porter ma valise jusqu’au Château-là-Haut…
— Là, Follette… là, Douceotte…
Le paysage d’octobre dormait la grasse matinée, n’achevait pas de s’étirer, paresseux ; les arbres, leurs chevelures emmêlées encore ; la rivière, un pâle regard intermittent sous la brume qui se soulevait, s’abaissait ; les montagnes, allongées, leurs flancs dans les écharpes légères du brouillard, la tête seule, les sommets, sortant de l’ombre, lavés de soleil levant…
Tout en escaladant la dure montée, l’homme m’interrogeait d’une curiosité insatiable, avec des pauses, des étonnements entre chaque phrase :
— Vous savez le patois… Ah ! pourtant… Vous n’êtes pas de ce pays-ci ? Et vous allez au Château-là-Haut… Peut-être, vous êtes du côté de Monsieur ? Du bien brave monde, qui ne font de tort à personne !
Je lui répondis. Sur quoi, il s’exclama, toujours avec des suspensions :