Je rallumai et, jusqu’à l’aube, pour tuer les heures interminables, je recommençai de feuilleter le Nobiliaire.
« Rigal de la Teyssierye avait été accordé dès 1302 avec Anne-Gothie de Vergnés… Il mourut le 4 septembre 1304… Son corps fut inhumé dans le cloître de l’abbaye de la Roqueminhac… La plupart des seigneurs du pays assistèrent à ses funérailles, célébrées par 900 prêtres ; 1.102 torches éclairaient l’église tendue de 143 draps de soie… Anne-Gothie gouverna avec sagesse pendant la minorité de son fils… L’histoire nous la représente en femme accomplie par sa beauté et sa vertu. Geoffroy de Toris, gentilhomme de Rouergue et troubadour célèbre, l’aima et composa en son honneur la plupart de ses poésies. Pétrarque et Nostradamus les ont citées… »
Pierrouti.
— Des bourrées, des chansons en patois, mais Pierrouti les sait toutes… Il vous en chantera plus que vous ne voudrez… Il en a la tête farcie… Quand il a commencé, plus moyen de le tenir, me dit l’instituteur de Cézens, un ami, chez qui j’étais descendu. Nous le trouverons à l’église ou à l’auberge, venez… Ah ! mais, une seconde…
Mon hôte, rentrant vivement, — nous étions devant sa porte, — revint aussitôt avec un fusil…
— Vous ne la voyez pas ?
Du doigt, il m’indiquait, dans le ruisseau qui coule devant la maison…
— Vous ne la voyez pas ? Eh bien, attendez…
Il dispose son arme et, dans la direction visée, j’aperçois, en effet, une truite filant entre les pierres, qui fut arrêtée net, à la décharge, déchiquetée par les plombs, une jolie truite.
— Il n’en faut pas deux comme ça pour faire une livre, hein ? soupèse mon hôte. Maintenant, nous allons à la « cherche » de Pierrouti ?