Mais aussi quelle leçon !…
Avec quelle clarté et quelle méthode, quelle éloquence précise, M. Rames expose les choses, résume tant et tant de livres écrits sur le sujet — en quelques courtes phrases…
— Dans la nuit des temps, nos montagnes n’étaient qu’un plateau… une île à peine émergée de l’Océan préhistorique…
J’écoute, et M. Rames me dit le terrain primitif, le terrain houiller, et l’époque tertiaire où commence à grouiller la vie, avec les lacs d’eau douce et tiède, qui se sont creusés dans le plateau émergé, bordés de palmiers et de palétuviers, fréquentés de gros reptiles…
J’écoute, mais, surtout, je regarde tout cela qui luit, mystérieusement, qui s’allume et qui s’éteint, dans la profondeur de ces tiroirs…
Ce ne sont que des pierres et toujours des pierres, claires ou sombres, mais avec toutes les nuances les plus délicates et les plus changeantes du ciel et de l’eau. Il en est de noires, de vertes, de rouges, de roses comme le matin, de fauves comme le couchant ; en voici de truitées comme des écailles de poisson, en voilà de veinées comme une chair. J’en vois dont les teintes sont si fragiles qu’elles ne semblent être que le reflet d’une fleur ou d’une aile de papillon. Et d’autres recèlent je ne sais quels souvenirs d’étoiles inconnues, d’aubes perdues, de crépuscules oubliés…
Je regarde, les yeux éblouis de la lueur éternelle de ces fossiles, et, tout d’un coup, comme un élève en faute, je m’aperçois que je perds la moitié de la leçon.
M. Rames a dépassé les époques où, sur le plateau central, rien n’avait encore vécu.
Il me fait remarquer un morceau de carapace de tortue, un morceau large comme un bouclier.