—Je pourrais y suspendre quelques petits pruneaux.

Puis elle écarta l’abat-jour qui alla rouler sur le divan comme une petite cage renversée dont l’oiseau a fui. Elle se leva, versa du thé dans de minuscules tasses de Chine, s’assit de nouveau, se leva encore.

—Elle est charmante, pensa Seguey, qui vit deux roses grenat sur la cheminée et regretta de ne pas lui avoir envoyé des fleurs.

Le premier feu de l’année, entre deux chenets coiffés de boules de cuivre, consumait doucement une grosse bûche doublée de braises; quelques mottes incandescentes se recouvraient lentement de cendres; il y avait dans l’atmosphère un peu lourde et chaude des odeurs de thé, de pain grillé, et une impression d’intimité qui faisait oublier la vie du dehors.

En un moment, Gisèle avait fourni à chacun des jeunes gens un sujet de conversation, parlé d’un livre, d’un concert qui se préparait, mais en conservant à toutes ces choses leur caractère qui était pour elle d’embellir la vie.

Un des jeunes gens parlait beaucoup. C’était Louis d’Eysines qui avait des cheveux très noirs sur un masque de Japonais. Il était connu à Bordeaux pour ses singularités d’esprit: avant même d’avoir passé son baccalauréat, il lisait Claudel, et méprisait les vieux opéras. L’autre, Louis Castéra, demeurait à l’extrémité du divan et ne disait rien; c’était un petit brun, mince, aux yeux bleu-tendre, l’air réservé et délicat: il n’avait ni la vigueur ni l’allure ferme des «sportsmen». Un garçon qui aimait à rester tranquille, qui savait des vers. Mme Saint-Estèphe lui avait révélé ces choses qui n’ont l’air de rien, et qui sont tout pour certaines natures, le charme d’une étoffe moderne, d’un appartement, d’une fleur dans un vase. Il l’admirait, comme on admire une fois dans sa vie, quand on a vingt ans, des rêveries flottantes, et un goût de la femme qui ne sait encore comment se fixer. Seguey fut frappé par le caractère poétique de cette figure: quand on lui parlait, ses yeux s’éclairaient un peu lentement...

—Madame, dit Gérard en posant sa tasse sur la petite table, il paraît que vous allez avoir une bien belle robe, une robe japonaise...

Et il parla de Carignan. Mme Saint-Estèphe trouvait qu’il avait l’air un peu farouche:

—Je ne sais pas s’il réussira.

Elle disait cela comme si elle pensait: