Dans une rue sordide où elle s’engagea, entre un petit bar et la devanture d’un brocanteur, elle aperçut ce qu’elle cherchait: une agence de vente et de location. Elle en avait souvent vu le nom dans les annonces des journaux locaux. De loin, elle s’en était fait une idée vague et favorable; maintenant, devant l’entrée peinte en couleur jaune et ouverte sur un vestibule assez misérable, une répugnance l’envahissait. Cette maison lépreuse et louche lui paraissait un mauvais lieu. Elle hésitait à y pénétrer.
Elle entra pourtant. Quelques personnes, d’une tenue assez négligée, lisaient de petites affiches manuscrites fixées sur les murs: d’un côté, les appartements à louer; de l’autre, les maisons et les terres à vendre. Son cœur se serra à la pensée que le nom de son vieux domaine serait cloué là, sur ce plâtre sale, comme au pilori.
Un petit homme rondelet, au poil gris, faussement affable et souriant vint au devant d’elle.
—C’est à M. Nèche que je veux parler.
—Mon fils sera à vous dans quelques instants.
Il désignait, d’une main courte chargée de bagues, un petit salon séparé du vestibule par une boiserie. On entendit quelques éclats de voix, puis la porte s’ouvrit devant un laitier en blouse bleue, dont la carriole était arrêtée le long du trottoir. Un grand garçon brun, basané, le nez fortement accusé et la barbe noire, parut derrière lui: une figure de Judas dont un peintre aurait pu tirer d’assez beaux effets. Il fit signe à Paule que c’était son tour.
Elle s’expliqua en quelques phrases, avec des contractions de la gorge qui hachaient ses mots. Il s’était assis en face d’elle, de l’autre côté d’un bureau crasseux chargé de papiers. Un papillon de gaz grésillait sur eux.
Dès qu’elle s’arrêta, il l’étourdit d’un flot de paroles. Il parla de ventes qu’il avait faites: un château historique, le mois précédent, avec un mobilier que les antiquaires de Paris s’étaient disputé.
Elle l’interrompit:
—Mais je ne veux pas vendre mes meubles.