Mᵉ Gratiolet n’était pas un vieux pontife en cravate blanche, mais un petit homme au teint blafard, rondelet, farfouilleur, qui remuait des paperasses du matin au soir. Son œil jaune happait au passage les points litigieux, les vices de forme. Quand il commençait, Paule d’avance demandait grâce: elle se sentait la pauvre souris que le chat mangera quand il lui plaira.

Dès qu’elle fut entrée, il prit un air gracieux et confidentiel; et comme s’il eût trempé ses mots dans du sucre:

—Un de mes clients m’a soumis un projet de mariage qui vous concerne.

Elle le regardait gravement, le cœur étouffé, dans l’attente d’une vérité trop belle et presque impossible dont elle redoutait l’éblouissement.

Mᵉ Gratiolet s’attardait aux préliminaires, important, les yeux sarcastiques, sensible au plaisir de donner à une communication si intéressante un air de mystère. Avec sa figure blanchie par la vie recluse, sa vieille jaquette et ses manières de ronge-papier, il eût entaché de vulgarité les plus belles choses.

Il s’agissait d’un M. Talet.

Elle l’interrompit:

—Je sais, je le connais. C’est-à-dire que je l’ai vu l’année dernière, une ou deux fois. Mais je ne veux pas me marier.

Assurément, elle ne le voulait pas. Comment avait-elle pu imaginer que Gérard Seguey, s’il avait une demande à lui adresser, la lui ferait parvenir de cette façon? Dans le feu de sa déception, c’était une revanche de penser que cela du moins était impossible.

Cependant Mᵉ Gratiolet en venait aux chiffres: cent mille francs de dot, trois cent à attendre, des affaires qui rapportaient environ cinquante mille. Le père, M. Jules Talet, était courtier en même temps que propriétaire en Médoc, du château Caillou, un cinquième cru. Il venait d’associer son fils.