C’était pour les prairies, une idée lui était venue...
Il avait pris un air souriant:
—Je pourrai peut-être vous les louer, ou seulement couper le foin. Chacun en aurait sa moitié: la vôtre, la mienne. Ce serait de l’ennui de moins pour vous. Justement que le travail presse dans les vignes au moment des foins et qu’on n’a jamais assez de personnel. Alors, on attend, le foin se gâte, il devient tout blanc, de la paille quoi...
Il avait, dans sa figure rougeaude, les gouttes claires de deux petits yeux à demi cachés par des paupières plantées de cils roux; et le regard ainsi clignotant, il risquait ses phrases avec précaution, surveillant l’effet qu’elles semblaient produire, ménageant des silences plus ou moins longs, prêt à s’avancer, à laisser entendre quelque chose d’autre, mais non moins capable de recul, d’atténuation, de retraite habile:
—Ce n’est pas que l’herbe soit bien épaisse, mais j’ai des bêtes, cela me ferait toujours de la nourriture.
Louer ses prés, ou en donner la coupe à l’entreprise, elle n’y avait jamais pensé. Enfin, elle verrait, elle réfléchirait.
Il s’en alla, patelin, bonhomme, et revint sur ses pas:
—Vous me connaissez bien... Délicat Pouley.
Il redit son nom deux ou trois fois, en appuyant sur chaque syllabe, pour qu’il entrât dans la mémoire de la jeune fille:
—Allons, au revoir, je repasserai.