Un enfant de chœur agenouillé au bas des marches secouait la sonnette avec frénésie. Le prêtre, au-dessus de l’autel, commençait le geste solennel. Dans ses deux mains dressées, l’hostie apparut.
Une émotion bouleversa Paule. Des paroles confuses se pressaient en elle: «Vous pouvez tout, mon Dieu, si vous le voulez. Vous pouvez, d’un cœur indifférent, faire un cœur qui m’aime... Mon Dieu, puisque je le revois, accordez-moi au moins un peu d’amitié. Vous savez, vous, toute ma solitude.»
Son être fondait dans un sentiment de douceur, de reconnaissance. Une impression de vœu exaucé.
Le bataillon des jeunes filles entourant l’accompagnatrice en robe rose, penchée sur les soufflets de l’harmonium, commençait un Souvenez-vous:
... Souvenez-vous de ceux qui pleurent, de ceux qui tremblent.
Elle aussi, dans le plus profond de son cœur, elle se souvenait. Mais non point de ses larmes, de ses frayeurs. Une paix divine était descendue sur toute la vie.
Une phrase passait cependant que les voix plus tendues semblaient soutenir d’un sanglot caché:
Souvenez-vous de ceux qui s’aimaient et qui ont été séparés...
Le curé, que précédait la double file des enfants de chœur, venait de disparaître par la porte de la sacristie.
La foule sortait dans le bruit des cloches. Elles battaient l’air avec une sorte d’exaltation, proclamant la messe finie, les langues délivrées, et soutenues d’en bas par la bourdonnante rumeur des conversations. Les fidèles, répandus entre les rangs d’arbres, s’y aggloméraient en groupes de toutes les couleurs.