Elle continuait, comme si elle eût voulu, une fois au moins, aller au bout de cette pensée:

—Avoir des amis, c’est être sûr qu’on est aimé, qu’on ne gêne pas, qu’on peut entrer avec confiance dans une maison qui vous est ouverte.

Il semblait qu’elle eût déjà lutté longuement contre ce mensonge des apparences, dont se contentent tant d’autres natures: «Ce n’est pas bien prudent, lui disait-il, avec une amertume soudaine, de vouloir seulement ce qui est vrai, d’aller jusqu’au fond. On s’expose à des déceptions.»

Un groupe de jeunes femmes passa tout près d’eux. Odette Lafaurie les accompagnait; elle portait en travers devant elle une raquette de tennis, son pas enroulait sa robe lâche autour de ses jambes. Seguey continuait:

—Dans les relations, la plupart des gens apportent seulement des préoccupations d’intérêt ou de vanité. On recherche telle personne parce qu’elle est le lien qui vous rattache à certains milieux.

Elle marchait à côté de lui, les yeux maintenant baissés. Est-ce que lui non plus ne comprenait pas? Elle, si fière, qui demandait tout, elle était disposée avec lui à se contenter de très peu de chose...

—Chez vous, dit-elle enfin, je n’étais pas intimidée. Votre mère accueillait si bien. J’aurais aimé revenir sans cesse, rester plus longtemps.

Elle se rappelait être allée à Valmont un jour où les vendanges devaient s’achever. Plusieurs jeunes filles tressaient des guirlandes; dans la grande porte du cuvier ouvert, Mme Seguey avait fait suspendre une touffe d’asters et d’hélianthus...

—Oui, dit Seguey adouci et se souvenant, elle aimait que tout fût joli.

Il revoyait ces réjouissances. Après quinze jours de gaieté et de soleil, de branle-bas dans toute la maison, les vendanges se terminaient dans une grande fête. La charrette chargée de bastes entassées, dont la plus haute pavoisée de pampres, rentrait au milieu des rires, des chants, dans un cortège d’enfants qui écrasaient sur leurs joues les dernières grappes. Sa sœur était là aussi, petite fille, en robe claire... Le soir, conduite par le doyen des paysans, la troupe venait en procession offrir aux maîtres un bouquet énorme...