—Peut-être, lui dit-il, n’aurais-je pas dû venir ici?

Il paraissait hésitant, nerveux. Sa voix avait eu une inflexion de tristesse qui ne pouvait tromper. Il portait en lui un fond de douleur. Craignait-il que sa visite fût critiquée? Elle remarqua que sa figure était creusée; les yeux, dans son teint brun, paraissaient plus clairs, brillants et fiévreux.

—Mais, dit-elle doucement, je vous attendais.

Elle continua:

—A Belle-Rive, nous n’avons jamais pu causer tranquillement. Tout le monde semble agité, pressé. J’aurais voulu vous remercier mieux de m’avoir écrit, d’avoir eu quelquefois une pensée pour moi. Dans mon malheur, vous m’avez aidée...

—Moi, dit-il vivement en prenant sa main, mais je n’ai rien fait. C’est vous, Paule, vous seule. Tout à l’heure, à Valmont, je pensais à vous. Il n’y a que vous qui puissiez comprendre...

Elle marchait à côté de lui, tête nue, ayant oublié sur un banc son chapeau de paille et l’ombrelle blanche. Les allées étaient jonchées de feuilles rousses, de feuilles d’argent toutes tigrées de noir et de marrons d’Inde. Un peu de brise glissait dans les arbres déjà dégarnis; leur dépouille sèche passait par grands vols.

Il lui parlait de la vente de Valmont, du regret qu’il en avait eu. Un instant, ils se sentirent intérieurement tout près l’un de l’autre, près de se rejoindre.

—Oh! disait Paule, les choses qu’on aime, qu’il doit être dur de les céder pour de l’argent!

Il la regardait, avec la gravité d’un homme qui a mesuré toutes les bassesses de la vie: