La pluie avait toute la nuit cinglé les maisons du côté de l’ouest et ce matin de février était gris et triste. Sylvain Picquey, sous un hangar, cherchait son ciré.

— Nous embarquons, dit-il à sa femme.

C’était un petit homme, alerte et sec, le fusil en bandoulière, une fourche sur l’épaule, enfoncé jusqu’aux cuisses dans de grandes bottes en caoutchouc. Son béret était baissé sur ses yeux perçants, un mouchoir noué autour de son cou. Il jeta sur son bras des poches en filet.

Devant la porte, sa fille Estelle allait et venait. Sylvain l’appela :

— Dis à ta mère qu’elle « s’en vienne ».

Devant la cheminée, Elvina coulait le café fumant dans une bouteille. Elle ne finissait pas de préparer le panier et tout ce qu’il fallait ; la cuisine était petite et basse, la femme était large, épaissie encore par une triple enveloppe de flanelles et de paletots. Elle glissa au fond de la gamelle un morceau de lard arrosé de graisse chaude que la poêle avait rembrunie.

Elle recommanda :

— Surtout veille que Michel ne s’écarte pas. La sage-femme a écrit dimanche que sa mère viendrait cette semaine. J’ai dans l’idée que ce sera cet après-dîner. Si ton père avait voulu me croire, il m’aurait laissée à la maison… Mais il est si mal raisonnable !

Elle s’éloignait, lourde et geignante, son panier au bras. Près du portillon, elle se retourna vers sa fille debout sur le seuil.

— Commence par laver le carreau, cria-t-elle de sa voix aiguë, que tout soit bien propre.