Laure essaya de couper court :

— Mais enfin, ils rentrent le soir ?

— Pensez-vous, on ne les reverra peut-être que dimanche !

La jeune femme sentait monter une sourde colère. Les récriminations du vieux revenaient, mouches obsédantes, piquer à la place obscure de son mal.

Quand l’homme qu’elle attendait reparut enfin, elle alla vivement vers lui, bouleversée et ne sachant ce qu’il fallait croire ; mais, à le voir revenir seul, elle étouffa un cri de reproche.

— Il était à table, expliqua Hilaire, sur un ton paisible. Laurent, quand il mange, personne ne peut parler de le déranger.

Elle jeta autour d’elle un long regard de ses yeux fatigués et comme vieillis où l’attente avait mis ses ombres. Onze heures sonnaient. Elle se sentit soudain très lasse, découragée. Un instant, elle revit la traversée du bassin en barque, cette sorte d’évasion qu’elle avait imaginée avec un immense frisson d’espérance et qui lui échappait.

— Il ne veut pas, interrogea-t-elle, vous en êtes sûr ?

Elle s’était sentie chanceler. Cependant, l’instinct de la lutte la ressaisissait, le regret d’avoir envoyé cet homme lent et indifférent alors qu’elle-même aurait triomphé.

— Je vais lui parler, dit-elle, accompagnez-moi.