La figure jaune sous sa « bénesse, » elle parlait un peu à la cantonade. L’homme, au contraire, qui avait un sourire goguenard au coin d’une bouche étoilée de rides, savait attendre le moment de placer son mot. A son menton de galoche, encadré par une paire de favoris blancs, Laure reconnut le père Milos.

Il renversait sur la table une panetière qui dégorgea les huîtres avec un bruit sourd.

— Picquey, dit-il, est à son affaire depuis qu’il embarque son nourrisson. Oh ! il a trouvé un bon mousse.

Et clignant sur son œil fin une paupière rouge :

— Peut-être même qu’il ne le paie pas cher.

— C’est trop de fatigue pour un enfant qui n’avait pas encore travaillé de peine, déclara la femme. Quel âge a-t-il donc ?

Tout en donnant des coups secs dans les coquilles, avec son couteau, elle ne ménagea pas à Laure son opinion sur les Picquey.

— Ce sont des gens qui veulent attraper de toutes les mains, affirma le père Milos, sentencieux, jaloux de Sylvain, et qui nourrissait à son égard cette inimitié qu’on n’éprouve peut-être que pour ses voisins.

Laure écoutait, le visage assombri, comprenant mal parce que l’homme et la femme embrouillaient tout, parlant tantôt d’une chose et tantôt d’une autre.

Il ressortait pourtant que le détroquage venait de commencer. Picquey avait été travailler aux tuiles. Il en avait posé sept ou huit mille dans le nouveau parc qu’il avait aménagé l’année précédente : aussi, pour épargner un peu le temps, il faisait le travail avec les enfants dans une cabane en face de l’île. Elvina, elle, préférait garder la maison. C’était une femme qui savait se servir des autres…