«Voilà la malade, il n'y a pas besoin de me la montrer! Ce que c'est que cette maladie pourtant! où va-t-elle se nicher? sur une figure et dans des yeux comme ça! je vous demande si ce n'est pas une folie? Il faut bien connoître la malicieuse pour l'aller chercher là. Mais patience! nous la ferons déguerpir…—Monsieur le docteur connoît la pièce nouvelle?—Elle ne vaut rien… Je ne l'ai pas vue, je n'ai pas un moment de répit! la foule des malades se jette sur moi! Au reste, c'est assez naturel: on est las de se faire enterrer par d'autres… Belle dame, voyons le pouls… Ah! la jolie main! la charmante main!» Il la baisa. «Que faites-vous? lui dit la comtesse en riant.—Oui, répondit-il, je sais bien que les autres le tâtent; moi, je l'écoute: à travers cette peau si fine, je pourrois même l'apercevoir.»


La marquise d'Armincour.

Il est gai, le docteur!… (Bas à Faublas.) Recevez mes remerciemens: c'est vous sans doute qui déterminez ma nièce à prendre le seul parti qui la puisse sauver? Ajoutez à ce bienfait celui de ne la jamais revoir: je dirai, malgré vos torts, que vous êtes un honnête homme.

Rosambert.

Il court un bruit de guerre. L'empereur a des projets de conquêtes. Si j'étois à la place du Grand Seigneur, je rassemblerois cinq cent mille hommes, je passerois le Danube… Il est agité, belle dame.

La Comtesse, en riant.

Qui? le Grand Seigneur ou le Danube?

Rosambert.

Bien! bien! nous vous guérirons, vous aimez à rire… Votre pouls, ma belle dame; il y a je ne sais quoi qui le fait aller trop vite… Et j'irois assiéger Vienne… Madame se plaint de maux de cœur, je crois?