Vôtre très-obeïssant & très-affectionné Serviteur,
l'Abbé DU PRAT
VENUS DANS LE CLOÎTRE,
OU LA RELIGIEUSE EN CHEMISE.
PREMIER ENTRETIEN.
Sœur Agnès. Sœur Angelique.
Agnès. Ah Dieu! Sœur Angelique n'entrez pas dans ma Chambre, je ne suis pas visible à present; faut-il ainsi surprendre les personnes dans l'état où je suis? Je croyois avoir bien fermé la porte.
Angelique. Eh bien, tout doucement, qu'as-tu à t'allarmer? le grand mal de t'avoir trouvée en changeant de chemise, ou faisant autre chose de mieux; les bonnes amies ne se doivent aucunement cacher les unes aux autres. Assis-toi sur ta couche comme tu étois, je vais fermer la porte sur nous.
Agnès. Je vous assure, ma Sœur, que je mourrois de confusion si une autre que vous m'avoit ainsi surprise; mais je suis certaine que vous avez beaucoup d'affection pour moi, c'est pourquoi je n'ai pas sujet de rien craindre de vous, quelque chose que vous eussiez pu voir.
Angelique. Tu as raison mon enfant de parler de la sorte, & quand je n'aurois pas pour toi, toute la tendresse qu'un cœur peut ressentir, tu devrois toujours avoir l'esprit en repos de ce côté-là. Il y a sept ans que je suis Religieuse, & je suis entrée dans le Cloître à treize, & je puis dire, que je ne me suis point encore faite d'ennemie par ma mauvaise conduite; ayant toujours eu la médisance en horreur, & ne faisant rien plus au gré de mon cœur, que lorsque je rends service à quelques-unes de la Communauté. C'est cette maniere d'agir qui m'a procuré l'affection de la plupart, & qui m'a surtout assuré celle de nôtre Superieure, qui ne m'est pas d'un petit usage dans l'occasion.
Agnès. Je le sais, & je me suis souvent étonnée comment vous aviez pu faire pour vous ménager celles mêmes qui sont d'un parti different: il faut sans doute avoir autant d'adresse & d'esprit que vous, pour engager de telles personnes. Pour moi je n'ai jamais pu me gêner dans mes affections, ni travailler à avoir pour amies celles qui naturellement m'étoient indifferentes; c'est là le foible de mon genie, qui est ennemi de la contrainte, & qui veut en tout agir librement.